Parce qu'on en a jamais assez !

EL OTRO

Un film de Ariel Rotter

Crise de foi

Un homme de 46 ans se met à douter de tout: de l'amour qu'il a pour sa femme, de sa propre envie de vivre, etc. Sous couvert de déplacement professionnel, il s'offre une virée et une bouffée de liberté...

Film argentin présenté en compétition au Festival de Berlin 2007 et détenteur du Grand Prix, 'El otro' traite principalement de la peur de la mort. Le personnage principal s'y trouve confronté en permanence durant le film au travers d'un scénario qui le ballotte entre son père dont il doit s'occuper car il ne peut plus rien faire seul, une rencontre avec un homme qui décède sur le siège d'à coté dans un bus, ou une soudaine vision d'une annonce de décès dans le journal concernant l'un des noms d'emprunts qu'il utilise... L'inquiétude de ce bientôt quinquagénère en crise n'en est que plus palpable. D'autant plus que la mise en scène magnifie ses moments d'errance, notamment en forêt, loin des préoccupations quotidiennes et de ces autres qui l'obligent à 'être'.

La bonne idée du scénario est de faire prendre du recul au personnage, qui profite de son travail pour ne pas rentrer chez lui, et donne à chaque fois un nom différent dans chaque hôtel où il séjourne, ou face à de nouvelles personnes qu'il rencontre. Cela provoque d'assez pittoresques situations. A force de s'inventer d'autres personnalités, le personnage masculin en devient touchant de désarroi. Il est interprété par un acteur impeccable Julio Chavez (gagnant du prix d'interprétation masculine), charmeur et distant à la fois. Il passe de paumé à séducteur et semble revivre peu à peu au fil d'un récit qui pourtant l'enfonce en des terres inconnus.

A force de reculer, et d'expérimenter la vie des autres, c'est finalement le personnage qui devient 'l'autre' celui ou ceux qu'il aurait pu ou pourrait être. A la recherche d'une nouvelle envie de vivre, d'une raison de rentrer chez lui et continuer, il apparaît à la fois profondément humain et terrifiant de trivialité dans le masque qu'il remet subitement. Une longue et énigmatique errance au travers du pays et des facettes d'une personnalité, que l'on suit avec grand intérêt.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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