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EL ACOMPAÑANTE

Un film de Pavel Giroud

Un film élégant sur l'importance de vivre

Entre 1986 et 1989, à Cuba, les personnes atteintes par le VIH étaient enfermées dans une prison aménagée. Elles n'étaient autorisées à sortir qu'une seule fois par semaine, avec leur accompagnant. Ce rôle, Horacio Romero, un boxeur accusé de dopage et ayant renoncé à une carrière professionnelle, va devoir le tenir auprès de Daniel, un ancien soldat dont il va partager la chambre à titre d'expérimentation...

« El acompañante » est un film cubain sur une page méconnu de l'apparition du SIDA. L'île ayant toujours été connue pour la qualité de sa formation en médecine et pour avoir tenté diverses expérimentations, c'est à un isolement singulier que s'intéresse le film, concernant les malades atteints du VIH. Évitant de montrer les conditions de détention des homosexuels et trans, le scénario s'attelle à montrer le sérieux administratif et rigide de la gardienne des lieux et les « cellules » aménagées concernant certains détenus (notamment les anciens militaires).

Avec une mise en scène élégante et un ton porté légèrement sur la comédie, le film dédramatise la maladie sans pour autant en cacher les conséquences, notamment dans deux terribles scènes. Oeuvre résolument tournée vers la vie, à la fois par le comportement du petit groupe de prisonniers que l'on suit, leur envie de vivre, leur malice quotidienne et leur désir d'escapades, mais aussi par les tentatives de retour vers le sport du personnage du boxeur. Ainsi, le duo prisonnier-accompagnant fonctionne à la manière d'un buddy-movie, entre surveillance réciproque et entraide complice, et doit sa crédibilité à deux interprètes formidables : Yotuel Romero (Horacio, vu dans la série « Un, dos, tres ») et Armando Miguel Gómez (Daniel).

Délicatement, le film évoque à la fois les maltraitances de la part du personnel et le rejet par les familles, mais évite à moitié la question de l'homosexualité, le scénario s'attachant à décrire des conditions d'incarcération à part, à une époque où les raisons de la maladie et ses modes de transmission étaient encore mal connus. Un film positif et élégant qui s'intéresse finalement plus au regard des malades sur eux-mêmes qu'à celui des autres, invitant à de petits moments de vie intime, parfois aussi importants que des instants plus grands et médiatisés.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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