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L'ÉCOLE DE LA VIE

Un film de Maite Alberdi

Trisomicalement vôtre

Anita, Rita, Ricardo et Andrés sont des Chiliens de plus de 40 ans. Ils ont juste une particularité : ils sont trisomiques. Fréquentant la même école spécialisée, ils rêvent d’une existence heureuse et autonome, où ils pourraient s’aimer librement et gagner leur vie…

À la manière de documentaristes comme Nicolas Philibert ("Le Pays des sourds", "La Moindre des choses", "Être et avoir"…), la Chilienne Maite Alberdi se concentre sur un milieu particulier, ici des adultes atteints du syndrome de Down (ou trisomie 21), en filmant ses sujets au plus près, sans commentaire. Un tel dispositif peut paraître trop sobre au début mais la magie opère rapidement, la réalisatrice nous entraînant dans le monde de ces trisomiques en éclipsant le plus possible les autres personnes (généralement reléguées en hors champ ou visible dans une partie floue du plan).

Alberdi les filme avec une telle tendresse que le spectateur s’y attache à vitesse grand V. Il faut dire qu’Anita, Rita, Ricardo et Andrés (et quelques autres plus secondaires comme celui, anonyme, que l’on voit ponctuellement danser dans la cour avec ses écouteurs) sont totalement désinhibés par leur handicap, ce qui permet à la réalisatrice d’obtenir des comportements authentiques là où les actes seraient biaisés par la présence même d’une caméra pour n’importe quel être humain.

Paradoxalement, cette authenticité permet d’en faire de véritables personnages de cinéma et toute une dramaturgie se développe, à mesure que l’on voit les personnages rire, pleurer, rêver ou se heurter aux obstacles de leur situation délicate. La séquence sur la mort du père d’Anita et toutes celles qui la montre cette dernière réclamer le droit de se marier avec son ami Andrés semblent sorties d’une tragédie à la "Roméo et Juliette". Au contraire, les répliques spontanées de ces êtres attachants, leur caractère enfantin et leur naïveté (par exemple la gourmandise de Rita), ou encore leur dandinement qui tient presque d’une danse chaplinesque, apportent au film un humour régulier, parfois burlesque, souvent délicat. Notons d’ailleurs que le titre original, "Los Niños" ("Les Enfants") dit tout autre chose que le titre français un peu décevant.

Mieux encore : le film incite à philosopher sur des sujets tantôt attendus (le rejet, comme lorsqu’ils essaient de sonner aux portes pour vendre leurs gâteaux), tantôt surprenants (le mimétisme dont ces personnes font preuve pose question lorsque, par exemple, Ricardo essaie de corrompre ses camarades en leur offrant des friandises).

Le choix des cadres et la mise en musique accompagnent magnifiquement cette histoire vraie, parfois presque à la manière d’un conte. Et le spectateur de poser un regard nouveau sur la trisomie 21 et de s’interroger : comment respecter la dignité et la liberté d’adultes qui agissent en grande partie comme des enfants ? Le film n’apporte pas de réponse, mais on ne regarde sans doute plus les trisomiques comme avant.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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