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DOWN WITH THE KING

Un film de Diego Ongaro

Inspirez, respirez

Mercury Maxwell, dit « Money Merc », est un célèbre rappeur qui vit une crise existentielle. Il s’isole dans une zone rurale du Massachussetts pour prendre du recul, faire le point et retrouver l’inspiration…

Down with the king film movie

Dès la première séquence, le film, présenté à Cannes en 2021 dans la sélection ACID, détone : à côté d’une maison manifestement isolée dans la forêt, un Afro-Américain observe un arbre tombé, vêtu d’un pantalon de camouflage, de claquettes-chaussettes, et d’un gros manteau de fourrure ouvert sur son torse nu. Réalisé par Diego Ongaro, un Français installé aux États-Unis, "Down with the King" s’installe rapidement dans une esthétique de cinéma indépendant américain, prenant le temps de filmer ses personnages avec un mélange de tendresse et d’humour décalé.

La grande qualité de ce long métrage tient dans sa capacité à ne pas tomber dans les clichés tout en s’en moquant avec une grande subtilité. Ainsi, le héros, star du rap, est certes doté de caractéristiques bling-bling et provocatrices, mais c’est surtout un homme qui cherche à composer avec ses fêlures et qui fait preuve d’une grande ouverture d’esprit, n’hésitant pas à s’impliquer dans des activités très éloignées de ses repères et habitudes (couper une carcasse bovine ou un arbre, donner à manger à des porcs…) et allant à la rencontre de personnes qui sont a priori très différentes de lui. Ainsi, les liens qu’il tisse avec Bob et Michaele sont à la fois étonnants et touchants, contribuant en grande partie à faire de ce film une œuvre humaniste qui prône le vivre-ensemble sans tambours ni trompettes.

Abordant des questions comme l’épanouissement et la reconnaissance, "Down with the King" fait cohabiter des univers a priori incompatibles, en insérant du gangsta rap dans un territoire où dominent les activités agricoles (le Massachussetts, plus souvent filmé du côté de Boston que dans ces zones rurales de faible densité). C’est donc avec ébahissement et délectation que l’on découvre l’inattendu exercice de flow du fermier Bob, ou que l’on assiste à l’affectueuse relation entre l’artiste et une locale qui ne correspond aucunement à l’image caricaturale des femmes dans les clips de rap.

Parvenant à instaurer une prodigieuse fluidité dans la dissonance, ce long métrage perd un peu en souffle durant sa dernière demi-heure mais reste séduisant jusqu’au bout, entre autres grâce aux protagonistes impeccablement incarnés par Freddie Gibbs (vrai rappeur qui fait, des débuts prometteurs à l’écran), Bob Tarasuk (vrai bûcheron-fermier que Diego Ongaro avait déjà filmé dans un court puis dans son premier long, tous deux intitulés "Bob and the Trees") et Jamie Neumann (vraie actrice qui mériterait d’être plus connue).

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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