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DOUZE MILLE

Un film de Nadège Trebal

Corps et esprit, sexe et pensée

Frank et Maroussia s’aiment. Ils s’aiment avec leurs corps et leurs esprit. Ils sont en phase. Mais un jour, Frank se fait renvoyer de la casse-garage dans laquelle il travaille clandestinement. Il passe un accord avec Maroussia : il va partir pendant deux mois et gagner l’équivalent de ce qu’elle touche chaque année (douze mille euros). Elle accepte, mais il doit revenir dès que la somme est atteinte. Pas un centime de plus, sans quoi, leur bel équilibre risque de vaciller. Une fois loin d’elle, tenir sa parole est plus compliqué pour Frank que ce à quoi il s’attendait…

Douze mille film image

"Douze Mille" est un film riche en paradoxes. C’est d’une part un film social, car il prend pour protagoniste un travailleur pauvre, un homme sans études qui survit en travaillant clandestinement dans une casse où il pratique des tarifs défiants toute concurrence. Un homme qui va se retrouver à aller faire, en intérim, du ménage dans des grandes cuves industrielles. Un homme qui va vivre de petite contrebande de cigarettes. Un homme qui va tout faire pour joindre les deux bouts et essayer de gagner les douze mille euros promis.

Mais pourtant, le film n’est en fait pas vraiment un film social, car il fait le portrait d’un homme et relate une histoire unique. Frank n’est pas le travailleur pauvre commun. Il ne fait pas ses heures la tête dans le guidon. Idem pour Maroussia, qui rentre assez difficilement dans le profil de la nounou. Leur situation n’est pas universelle.

Et c’est peut-être là le point fort du film : la création de personnage. Nadège Trebal donne du corps et de la profondeur à chacun des êtres qui passent à l’écran, même si leur présence est minime. Elle fait également le choix de se libérer du réalisme, de l’imitation de la vie, pour partir dans une narration plus éthérée. A la fois à l’image, avec les poses des personnages en fonction de cadre, mais aussi dans le langage, avec l’apparition de tirades philosophiques et existentielles.

"Douze Mille" est une belle proposition de cinéma, portée par un duo d’acteurs très impressionnant. Il est difficile de lui trouver une filiation, mais d’aucun pourrait avancer qu’on y retrouve le Soleil de Rohmer et les personnages de Bresson. Mais le grain de folie, de joie et de sexe, ne vient ni de l’un, ni de l’autre. C’est un film de Nadège Trebal, et c’est tout.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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DOUZE MILLE un film de Nadège Trebal – film annonce from Shellac films on Vimeo.

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