Banniere Festival de Cannes 2021 sélection quotidiennes critiques

LA DOULEUR

Un film de

Une belle première partie plombée par une dernière moitié très douloureuse pour le spectateur

1945, Marguerite retrouve un carnet dans lequel elle a couché sur le papier son attente de Robert, son mari prisonnier de guerre, enlevé en 1944. Elle se remémore cette période lors de laquelle elle a entretenu une relation ambiguë avec un policier collabo à la recherche d’informations sur le réseau de résistants auquel Robert et elle appartenaient…

Si Marguerite Duras est le personnage central du nouveau film d’Emmanuel Finkiel ("Je ne suis pas un salaud"), la femme en tant qu’écrivain intéresse peu le réalisateur. Le film débute en 1945 quand Duras retrouve un manuscrit qu’elle a rédigé « sans s’en souvenir » dit-elle, un récit qui revient sur sa douleur d’attendre son mari fait prisonnier politique par les Allemands. Elle se remémore alors cette période… et le film replonge un an plus tôt quand Duras, sans nouvelles de son Robert, fait la rencontre de Rabier, un policier français prêt à l’aider mais qui pourrait jouer un double rôle, recherchant potentiellement des informations sur le réseau de résistants auquel appartient le mari de l’écrivaine.

Finkiel a trouvé dans ce roman de Marguerite Duras une matière fort intéressante. En effet, avec ce texte, il ne se limite pas seulement à raconter comment une femme attend dans l’inquiétude et la douleur son mari disparu, mais il analyse comment cette femme était en réalité torturée intérieurement par ses sentiments. L’ambiguïté de sa personnalité est plutôt bien rendu par des flous persistants de l’objectif de la caméra et la présence fréquente d’un double de Duras. Cette femme attend-elle vraiment son retour ? Est-elle encore en amour pour lui ? N’est-il pas pour elle plus insupportable d’attendre le retour d’un être pour lequel on n’est plus sûr d’avoir des sentiments ? Son cœur ne serait-il pas partagé entre plusieurs hommes ?

Finkiel creuse donc dans les sentiments plus ou moins enfouis, plus ou moins avoués, d’une femme autour de laquelle gravitent de nombreux hommes. La première partie du film avec le collabo, finement interprété par Benoît Magimel, intrigue, entretient habilement l’ambiguïté des deux personnages. Le spectateur doit deviner où ils veulent en venir et où ils vont. Il en va de même avec Dionys, l’autre personnage masculin proche de Duras, avec qui elle noue des rapports cachés, qu’ils ne veulent pas montrer à leur entourage. Dans la deuxième partie du film, après la libération, Duras semble encore plus prisonnière de son corps et de son destin à mesure que les retrouvailles avec son Robert approchent. Les crises prennent le dessus et la folie aussi. Cette partie est plus longue, plus froide, plus aride malgré l’arrivée d’un personnage en totale contradiction avec les autres : celui de Madame Katz, le plus honnête d’entre tous.

Non dénué de lourdeurs et de passages peu inspirants, "La Douleur" devient sur sa fin un douloureux mélange entre biopic, récit historique et film introspectif, toutefois porté par la sublime Mélanie Thierry qui joue à la perfection cette fille dérangée au-dessus de tout soupçons. Si le fond et la réalisation trouvent quelques clés cinématographiques pour matérialiser cette douleur et ce trouble des sentiments, il n’en demeure pas moins que le tout semble trop ténu pour tenir en haleine le spectateur sur les trop longues deux heures que dure le long-métrage.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

À LIRE ÉGALEMENT

Laisser un commentaire