Bannière Reflets cinéma ibérique et latino américain 2020

DEUX

Un film de Filippo Meneghetti

Bouleversant de justesse

Nina et Madeleine sont ensemble, même si elles vivent, pour conserver les apparences, dans deux appartements voisins, au dernier étage d’un immeuble. S’étant rencontrées à Rome, il y a longtemps, elles ont comme projet de s’y installer pour leur vieux jours. Mais Madeleine ne parvient pas annoncer la nouvelle à sa fille Anne, plutôt attentionnée, et à son fils, hargneux, car persuadé qu’elle a trompé leur père…

Deux film image

Le premier long métrage de Filippo Meneghetti est un summum de finesse et d'élégance. Centré sur l'histoire d'amour secrète de deux femmes, il nous fait pénétrer avec douceur dans leur intimité, évoquée dès le départ grâce à un habile jeu de miroirs et de contre-jour. Devant sa glace, l'une se prépare pour la nuit, la silhouette de l'autre venant tendrement lui caresser les cheveux, puis l'embrasser dans le cou. À elle seule, cette seconde scène du film est presque une parabole de l'histoire à venir, une fois le drame survenu, l'une tentant de prendre soin de l'autre, discrètement, sans se faire remarquer.

Au début du film, la complicité est joliment installée. Meneghetti soigne à la fois ses cadres dans cet appartement, comme sur un palier devenu trait d’union. Puis il exploite les obstacles, humains (les deux enfants, adultes, de l'une; l'aide soignante...), ou physiques (le palier, la porte de l'appartement...). Il magnifie aussi l'impatience grandissante de l'excellente Barbara Sukowa ("Hannah Arendt", la série "12 Monkeys") ou la gêne de l'autre, en augmentant le niveau sonore dans une laverie, ou en se focalisant sur une cuillère tapotant nerveusement sur le rebord d'une tasse...

Avant tout centré sur ses deux personnages, "Deux" parle d'amour et évoque les difficultés des couples de même sexe à faire reconnaître leur union, se heurtant à la peur du qu'en dira-t-on et à l'incompréhension des proches. Usant de plans signifiants, comme lorsque Sukowa apparaît sur le seuil du logement de la fille (Léa Druker, parfaite), formant une silhouette lointaine portée par une caméra agitée, et séparant physiquement celles des deux enfants, l'auteur réussit un drame tout juste bouleversant.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

BANDE ANNONCE

Laisser un commentaire