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DES VIES FROISSÉES

Un film de Can Ulkay

Un joli conte mélodramatique

À Istanbul, des miséreux organisés en réseaux fouillent les poubelles pour récupérer des matériaux recyclables ou des objets à réparer. Mehmet est l’un d’entre eux. Au moment où sa santé décline, il recueille un petit garçon que sa mère a abandonné. Il s’attache à ce gamin qui lui rappelle son propre passé d’enfant des rues…

Sortie le 12 mars 2021 sur Netflix

On pourra reprocher au réalisateur, Can Ulkay, d’ouvrir son film avec de gros sabots, en dédiant "Des vies froissées" (quel beau titre !) « à tous les enfants qui grandissent seuls dans la rue » avant d’opposer, dans la première scène, le comportement indécent d’un homme aisé et la souffrance d’un autre vivant dans l’indigence. Mais au moins, on est fixé sur le point de vue adopté et les vingt premières minutes servent à exposer une vérité brute et brutale : la persistance, dans une grande ville de plus en plus moderne en apparence, d’une extrême misère, dans laquelle peut toutefois émerger ce qu’il y a de plus beau, soit la solidarité, l’art de la débrouille, la capacité à lutter même quand tout semble perdu, ou encore la faculté à rêver malgré tout et à trouver de la joie dans ce que la vie offre de plus simple.

Ainsi, le récit construit une petite galerie de personnages tous aussi touchants les uns que les autres, bien que la plupart soient malheureusement trop peu exploités (« Papa » Tahsin, évoqué si régulièrement dans les dialogues, aurait notamment gagné à être plus travaillé et plus présent physiquement). Parmi ces lointains cousins de Gavroche, émergent deux figures principales : Çagatay Ulusoy (avec ses faux airs de Pilou Asbæk) incarne Mehmet, héros torturé capable tantôt d’une adorable générosité tantôt d’une colère déraisonnée, et Ersin Arici donne corps à Gonzi, qui semble s’amuser perpétuellement malgré sa vie ardue et dont le sourire et la bienveillance sont communicatives.

L’arrivée d’Ali bouleverse alors ce quotidien et a un double effet sur Mehmet, générant chez lui de l’espoir comme de la souffrance, car il voit dans ce petit garçon celui qu’il a été. Endossant alors le costume du bon samaritain, il se donne pour mission de sauver ce gamin, quoi qu’il en coûte, malgré les avertissements de Gonzi et Tahsin qui s’inquiètent pour sa santé.

Si le long métrage manque parfois de subtilité, il s’avère efficace dans sa manière d’alterner l’ombre et la lumière, offrant donc soit des instants de plénitude et d’espoir, soit des moments de noirceur intense. C’est donc un concentré d’humanité auquel on assiste, comme une allégorie universelle de nos schizophrénies quotidiennes qui font que l’on passe notre temps, quelle que soit notre vie, à espérer puis à désespérer (et vice-versa).

Si le début est relativement réaliste et que l’ensemble du métrage ne cache pas ses intentions mélodramatiques, la rencontre entre Mehmet et Ali fait basculer partiellement ces "Vies froissées" dans la tonalité du conte fantastique, s’autorisant ainsi des aspects a priori moins crédibles. Après une bonne heure de film, la fin peut s’anticiper assez aisément, mais cela ne gâche rien car les personnages sont suffisamment attachants pour que l’on reste ému jusqu’au bout. Et si vous faites partie de ces gens que la conclusion surprendra, saisissez cette chance d’accéder à des émotions encore plus fortes !

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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