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DES HOMMES ET DES DIEUX

Un film de Xavier Beauvois

Le monastère Martyr

En Algérie, dans les années 90, huit moines français vivent dans un petit monastère au pied de l’Atlas. Médecin, apiculteur, écrivain public, ils sont très appréciés de la communauté locale, jusqu’au jour où la région s’embrase dans un conflit sanglant entre le gouvernement et les extrémistes islamiques. Les attentats se multiplient, provoquant le doute chez les hommes d’église qui craignent alors pour leur vie...

Dans le décor intemporel d’un petit monastère, résonnent les voix inspirées de huit moines louant dieu en aube blanche. Ils répètent un à un les gestes sacrés d’une liturgie appliquée. Une existence paisible rythmée par les prières et le don de soi à la petite communauté algérienne voisine. Calquant sa mise en scène sur le quotidien serein du dévouement monacal, Xavier Beauvois nous offre un portrait soigné de ce monde à part. Sa caméra s’attarde, contemplative, sur les moments de dévotion, de recueillement et d’échanges chaleureux avec un monde musulman dans lequel les moines sont parfaitement intégrés. Ici pas d’échanges passionnés, de débats, juste une perception objective de la vie de ces hommes d’église.

Néanmoins, derrière cette dévotion, les moines n’en sont pas moins des hommes en proie aux doutes. Leur amour pour Dieu n’est pas infaillible et lorsque, près de leur monastère, des ouvriers européens sont égorgés par un groupe islamiste armé, les huit ecclésiastiques français se trouvent confrontés à un réel dilemme : rester ou fuir. C’est ce catalyseur que Xavier Beauvois a choisi pour révéler l’essence même de son film : la peur de la mort pour des hommes convaincus que le trépas n’est pas une fin en soi mais un passage pour rejoindre le royaume de Dieu.

Tour à tour sa caméra s’attarde sur le ressenti de chacun, offrant une belle galerie de portrait d’hommes dans la tourmente. Il y a ceux, sereins, prêts à défier la mort, par conviction ou tout simplement parce qu’ils n’imaginent pas revenir en France, un pays où ils n’ont plus aucune attache. Puis il y a ceux qui doutent, qui appellent la foi qui soudainement s’échappe pour laisser place aux angoisses, comme dans cette très belle scène où frère Christophe hurle la nuit, implorant le seigneur, attendant désespérément un signe divin.

Plus que le récit du drame latent qui les attend, “Des hommes et des dieux” est avant tout une belle réflexion philosophique sur la spiritualité humaine amenée au pied du mur de l’inévitable, nous offrant ainsi de sublimes prestations d’acteurs. Michael Lonsdale excelle comme toujours en homme sage dont la répartie fait mouche sans pour autant être dénuée d’humour. Lambert Wilson campe lui “le chef” de cette fratrie, obligé de prendre une décision tout en tenant compte de l’avis des autres, alors que lui même semble perdu. Enfin Olivier Rabourdin émeut dans le rôle du frère qui craque et qui supplie Dieu de lui répondre. Un casting remarquable qui souligne parfaitement ce film tout en retenue et très justement construit, récompensé par le Grand Prix au Festival de Cannes 2010.

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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