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LE DERNIER WEEK-END

Un film de Ali Borgini

Une famille sans talent

Claude Dampierre est un homme riche, qui arrive au terme de sa vie. Il est craint par sa famille et ses proches. Pourtant, tous se réunissent autour de lui un dernier week-end, lorsqu’il annonce qu’il va révéler la teneur de son testament, et l’identité d’un mystérieux invité surprise...

Ce film part d’un concept plutôt croustillant, à savoir la réunion de membres d’une famille qui ne s’aiment pas, pour savoir lequel d'entre eux va hériter du vieillard en train de mourir. Cependant le scénario est beaucoup trop écrit et chaque dialogue sonne presque comme un vers de théâtre qui devrait être clamé avec élégance devant un public nombreux. Rarement les répliques parviennent à sonner juste, à transmettre l’information sans attirer l’attention. De plus, ces tirades sont déclamées par des acteurs en devenir, que l’on sent pétillants d’envie, mais qui en rajoutent malheureusement constamment dans ces échanges déjà chargés. Rares sont les moments un peu sobres, alors que le propos est souvent grave. Il y a mille exemples, mais on peut retenir le passage où ils sont tous rassemblés sur le palier, de nuit, et où ils écoutent le vieillard rire avec la belle femme qui danse pour lui. Ils parlent tous très fort, et pas une réplique n’est mieux jouée que l’autre.

Pour ne rien arranger, le réalisateur abuse souvent de gros plans qui surlignent trop, comme s’il était besoin, ce mille-feuilles de ratés, qui au final procède sans subtilité et tombe complètement à côté de l’effet qu’il aurait du produire. On aurait aimé s’attendre à l’élégance fine et légère d’un Lenôtre, mais on à l’impression de voir un apprenti s’exercer.

Comme si cela n’était pas suffisant, le chef opérateur ne parvient jamais à offrir une image correcte. Il utilise mal la technologie numérique et la lumière est soit fade, soit ratée, quelques plans étant même flous. On pourrait comprendre que tous les cinéastes n’aient pas l’ambition de Spielberg, mais la netteté semble le minimum… On se rend d’ailleurs compte ainsi des dangers du numérique, et ce film nous montre à son insu, à quel point cette technologie n’est encore maîtrisée que par très peu (Cameron, Fincher…).

Deux scènes parviennent cependant à capter notre attention, et pas des moindres puisqu’il s’agit des deux scènes de repas, dont celle proposant la fameuse révélation finale. Le jeu y est plus sobre, la mise en scène simple, le propos féroce au possible : on se laisse enfin prendre ! Cette famille qui part en vrille nous rappelle dans un registre tout différent le brillant « Festen ». Ici pas de trace de propos trash ou de pédophilie, mais pas non plus de talent artistique, ou si peu. Le dernier plan du film, un zoom affreux, nous fait regretter tout ce gâchis.

Ivan ChaslotEnvoyer un message au rédacteur

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