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DER SAMURAI

Un film de Till Kleinert

Lame émoussée

Jakob est un jeune flic timide qui mène une vie terne dans sa petite ville de province du Brandebourg. Un soir, il récupère un étrange colis destiné à un travesti et contenant un katana japonais. Une fois en possession de l’arme, cet étrange travesti semble pris d’une irrésistible soif de vengeance et cultive un goût très prononcé pour la décapitation de tout être vivant. Jakob va devoir trouver un moyen de l’arrêter, mais sa fascination grandit sans cesse pour cet étrange énergumène…

Non, le film en question n’a rien à voir avec un chef-d’œuvre signé Jean-Pierre Melville, même si le titre laisse immédiatement planer un doute. Non, le film ne se déroule pas au Japon, mais dans un coin reculé de l’Allemagne rurale. Et non, le film n’est pas non plus un pur film d’horreur comme l’affiche le laisse supposer. "Der Samurai" est un ovni dont le postulat de départ, assez barré, ne laissait pas présager son véritable propos. Du moins avant que la projection du film ne démarre, ne tardant pas à dévoiler sa vraie nature, surtout pour ceux ayant été biberonnés aux cinoches respectifs de David Lynch et de Roman Polanski.

Du premier, le jeune Till Kleinert a gardé le goût pour les ambiances nocturnes et étranges, nimbées d’une bande-son atmosphérique, qui laisse le surréalisme surgir à des articulations précises du récit sous forme de métaphores. Du second, il conserve avant tout l’image du protagoniste plongé dans un univers de plus en plus mental, confronté à une menace extérieure dont on ne met pas longtemps à saisir qu’elle n’est en fait que la part sombre de lui-même, celle qu’il essaie toujours de réprimer. De ce fait, le final de "Der Samurai" a cela de désastreux qu’il choisit de jouer la carte du twist surprise – mais hélas éventé depuis longtemps – comme si cette révélation devait être une finalité et non un détail insidieux que le montage se contentait alors de laisser infuser.

C’est bien dommage, car les moyens étaient là : une musique carpenterienne parfois monstrueuse, de superbes jeux de lumières qui donnent parfois à cette Allemagne rurale des allures de monde parallèle, un duo d’acteurs troublants jusqu’au bout (surtout le saisissant Pit Bukowski, interprète du « samouraï travesti ») et quelques décapitations bien gore qui font leur petit effet. Ce n’est hélas pas suffisant pour faire de "Der Samurai" autre chose qu’un honnête film de fin d’études, non dénué d’intérêt comme de substance, mais conçu par un jeune homme ambitieux qui aurait tout à gagner à faire bien plus confiance à son scénario et à son ambiance. Ici, Till Kleinert a pêché par excès de zèle, signe d’un relatif manque de confiance dans sa mise en scène. Il a du talent, mais il gagnera à le contenir davantage.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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