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DE CHAQUE INSTANT

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La médecine en pratique

Le documentariste Nicolas Philibert suit l’apprentissage de jeunes étudiants en médecine, les stages de mise en pratique auxquels ils se retrouvent formés, et leur confrontation avec d’innombrables défis qu’il leur faudra relever…

Chez Nicolas Philibert, il est souvent question d’un apprentissage, et plus précisément de celui d’une technique précise. Même si elle découle d’une expérience personnelle (une embolie l’aura conduit aux urgences en janvier 2016), son immersion dans les coulisses de l’apprentissage de l’exercice médical produit exactement le même effet que dans "Être et avoir" et "Le pays des sourds" : il s’agit pour lui de capturer aussi bien le désir d’apprendre quelque chose de précieux (en l’occurrence le don de soi) que la mise en valeur des micro-détails qui composent une telle activité.

Si l’on s’en tient aux différentes images qui nous viennent à l’esprit dans le microcosme hospitalier, il y aura sûrement des gestes mettant en valeur des seringues (prise de sang, transfusion, injection…), des massages cardiaques, des aptitudes à déplacer des corps plus ou moins paralysés, des nettoyages, des efforts à faire au quotidien, etc… Des gestes et des attitudes qui, en tant que tels, semblent simples. A l’écran, Philibert révèle toute leur face cachée : derrière la simplicité se cachent une minutie, une organisation et un protocole qui font figure de défi lancé aux futurs infirmiers. Sauront-ils y arriver ? Voilà bien la question centrale qui irrigue la moindre scène de ce documentaire.

Ce désir de partir de l’ensemble pour se resserrer sur le détail est déjà mis en exergue par une scène d’ouverture extrêmement bien choisie. Premier plan : une jeune infirmière se lave les mains. Second plan identique, mais un peu plus large : on repère une autre infirmière qui attend derrière la première (c’est donc une file d’attente ?). Troisième plan qui accentue le recul : on voit plusieurs personnes qui, en fait, assistent à un cours théorique et pratique sur les règles d’hygiène. D’un bout à l’autre, Philibert se concentre ainsi sur les petits détails qui font tout, sur les petites hésitations qui créent la tension ou la grimace, sur les jeux de rôle qui instruisent autant qu’ils suscitent l’hilarité (on rit beaucoup ici). Des instants de vie qui mettent en valeur un apprentissage aussi précieux que délicat : celui du don de soi.

Et il faudra attendre ici un troisième tiers, centré sur les entretiens de retour du stage (qu’ai-je appris ? quels sont mes faiblesses ? vers quel secteur je souhaite aller ?) pour que le particulier puisse finir d’évoquer la globalité d’un système d’apprentissage où tout n’est que mise à l’épreuve et main tendue vers l’Autre, chez les élèves comme chez les enseignants et les patients. Alors, certes, le désir d’objectivité et de neutralité de Philibert ne fait pas du résultat une œuvre de cinéma réellement travaillée de toutes parts. Mais au moins, sa caméra ne tourne pas pour rien, loin s’en faut.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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