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LE CRIME DU SOMMELIER

Faust, un oenologue insoupçonné !

Pris d’une soudaine passion pour le vin, Giovanni décide un jour de quitter son travail de banquier pour se consacrer exclusivement à l’art de la dégustation et de l’identification des vins d’exception. Un jour, sa femme Adele est retrouvée assassinée chez elle, et Giovanni est immédiatement suspecté. Son interrogatoire au commissariat lèvera le voile sur son étrange passion pour le vin…

Investir l’univers viticole et ses recoins est loin d’être un sujet original, surtout depuis que Jonathan Nossiter est intervenu avec ses documentaires "Mondovino" et "Résistance naturelle". Cela dit, un ton différent peut parfois suffire à créer l’illusion. À peine une semaine après le touchant dernier film du tandem Delépine/Kervern ("Saint Amour"), voilà que ce petit film italien débarque de nulle part pour nous inviter là encore dans une fiction un peu imprévisible. Sans doute parce que son scénario, inspiré du livre Vinodentro de Fabio Marcotto, ne reste pas longtemps collé à une peinture réaliste du milieu viticole et tente rapidement d’imposer une variation assez démonstrative sur le mythe de Faust afin d’évoquer la passion soudaine d’un homme pour la dégustation de vins. Ce qui en ressort est un film très étrange, esthétiquement très beau et assez agréable à regarder (visiter le Frioul-Vénétie et se balader dans la ville de Trente, on n’est pas contre !) mais fatalement handicapé par une narration en flash-back qui s’acharne à compliquer inutilement une intrigue qui n’en avait pas forcément besoin.

L’idée d’un interrogatoire de police – où chaque aveu du suspect impose un aller-retour temporel censé élucider le pourquoi du comment – a beau lorgner du côté du "Garde à vue" de Claude Miller, le réalisateur ne touille ici qu’une mixture assez tiède sur l’avidité humaine et l’obsession au sens large. La présence de Lambert Wilson (qui joue ici un énigmatique « Professeur ») offre certes une jolie hypothèse de récit : de par son statut d’érudit viticole et les étranges assistants en costard-cravate qui le suivent, s’agit-il d’un initiateur chevronné… ou du diable cherchant à corrompre l’âme des ambitieux ? Arrimée à d’autres pistes hélas trop peu développées (le vin comme catalyseur de la démesure, l’ivresse du vin associée à celle d’une passion incontrôlable, etc.), cette lecture faustienne fait à elle seule tout le sel de cette intrigue dont l’intensité, malgré une belle couleur, peine à s’imposer lorsqu’on la goûte. D’autant que les quelques parenthèses comiques du film, volontairement ubuesques à force de ne jamais coller avec le ton général du film, font clairement cheveu sur la soupe. Côtoyer l’absurde, c’est très bien, mais peut-être aurait-il mieux valu le tutoyer plutôt que le vouvoyer.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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