avec ou sans moustache

CREMASTER

Un film de Matthew Barney

A priori élitiste, mais un jeu visuel intéressant et un sens esthétique incontestable

Cycle de 5 films d’art contemporain expérimental, explorant plusieurs thèmes, globalement centrés sur la sexualité et les mythologies…

A première vue, Matthew Barney ne déroge pas à la tradition: il semble perpétuer l’image si négative de l’art contemporain auprès du grand public. Tout semble hermétique et arrogant car s’adressant à priori à une élite restreinte. Mais au-delà de cet aspect presque inexorable à l’art contemporain expérimental, au-delà du côté parfois soporifique de ces films apparemment trop longs et lents (de 40 minutes à 3h02 selon les segments !), l’expérience Cremaster s’avère très enrichissante.

En effet, il n’est pas nécessaire d’être un public avisé pour apprécier au moins en partie l’œuvre de Matthew Barney (NDLR : dont la popularité a d’ailleurs atteint un public plus large depuis son mariage et son bébé avec Björk, cette dernière ayant en outre collaboré à son projet suivant « Drawing Restraint 9 »). Seul un élément d’explication semble toutefois nécessaire à l’appréhension du cycle « Cremaster » : son titre obscur fait référence au muscle ascenseur des testicules ! Seule cette information suffit à tout un chacun de s’amuser à déceler les références sexuelles (plus ou moins explicites) à travers les segments du cycle.

L’art devient ainsi un jeu et on se surprend à apprécier ça et là des morceaux d’art contemporain qui pourtant nous échappent souvent ! Barney pousse à l’extrême l’art de la métaphore en s’inventant une iconographie plus ou moins abstraite et en détournant les icônes et les genres les plus variées, de la mythologie grecque aux comédies musicales en passant par les traditions écossaises. Il s’appuie sur un art global, mélange de cinéma, de scénographie, de danse, de sculpture, de performance, de création sonore… et parvient ainsi à créer un univers étrange et intrigant où chacun peut y trouver son compte. Evidemment il est difficile de tout apprécier et chacun aura ses passages préférés et ceux qui ne lui parlent pas du tout ! Mais il est facile de se laisser piéger et se voir embarqué dans un voyage inattendu, dérangeant parfois, au cœur d’une atmosphère inédite, à l’originalité incontestable.

(NB : Il n’est pas nécessaire de les voir dans l’ordre car il n’y a pas de continuité à proprement parler malgré la numérotation. Ils ont d’ailleurs été tournés dans le désordre entre 1995 et 2002, dans l’ordre suivant : 4, 1, 5, 2, 3. Il est bon de signaler que le style de Barney s’est affiné (et le budget aussi !) au fur et à mesure de l’avancement de son projet.)

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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