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CREATIVE CONTROL

Réalité augmentée, virtualité diminuée

Dans un futur proche, David, jeune ingénieur branché et ambitieux de New York, s’apprête à lancer sur le marché une paire de lunettes révolutionnaires qui proposent une expérience de réalité augmentée à celui qui les porte. Mais lorsqu’il pratiquer la phase de test sur lui-même, l’expérience va rapidement lui faire perdre le sens des réalités…

Avouons-le, la tagline du magazine Variety, fièrement mise en évidence sur le haut de l’affiche, donne franchement envie de rire : « Apple rencontre Antonioni ». Déjà parce que le film n’a rien à voir avec ces deux noms propres qui n’ont déjà rien à voir l’un avec l’autre, et ensuite parce que si l’on devait raccorder ce film à une marque, ce serait plutôt IBM. Les premiers plans du film, cadrés dans un élégant noir et blanc, rappellent instantanément les publicités IBM qui filmaient des situations de travail dans une image dépourvue de couleurs. On sent même la pose arty peser vite bien lourd tout au long des plans-séquences qui défilent, tant la beauté du cadre et du décorum semble avoir prédominé sur leur substance narrative et leur relief symbolique. Mais lorsque le film met cartes sur table à propos de sa mise en scène, c’est tout juste si l’on n’a pas l’impression d’assister à un parangon de SF clicheteuse, rythmé par du Haendel en bande-son et installé dans un New York shooté comme chez Woody Allen. Le pire, c’est qu’on n’exagère même pas…

Sur le plan du scénario, "Creative Control" rappelle fortement le méconnu "Vanishing Waves" de Kristina Buozyte, petite pépite lituanienne qui reprenait là aussi le concept initié par Alain Resnais sur "Je t’aime je t’aime", à savoir la dérive d’un personnage malade d’amour pour un personnage virtuel au sein d’un espace mémoriel. On peut être séduit dans un premier temps par la modestie de la production design, qui relègue l’aspect technologique au second plan pour se concentrer sur l’humain et – surtout – sur le charnel. Mais en restant à distance du tout (surtout de la matière des corps), le film échoue à créer le trouble recherché sur un monde qui se disloque par petits à-coups. Certes, quelques apparitions fantasmatiques du personnage féminin virtuel sous forme de pixels anarchiques arrivent à susciter une vraie surprise en intégrant soudain la couleur dans le cadre, mais le reste s’avère d’une platitude effarante. Sans doute parce que Benjamin Dickinson avait trop à dire sur la vie privée de ses personnages (cours de yoga, dépression, problèmes conjugaux…) et pas assez sur le trouble métaphysique qui devait les assaillir.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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