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COUP D'ECLAT

Un film de José Alcala
Avec

Un captivant portrait de femme

Fabienne, capitaine de police à Sète, passe son temps entre sa mère souffrante, qu’elle héberge, et son travail, qui consiste à traquer les sans-papier. La mort d’Olga, une jeune prostituée embarquée au poste avant de se volatiliser, pousse Fabienne à sortir de sa routine pour mener l’enquête…

Ces dernières années ont vu apparaître dans le cinéma français un nouveau genre de femmes flics, hautement gradées (ce sont elles qui commandent), charismatiques dans leur travail mais solitaires en privé. Parmi elles : l’enquêtrice du film « Complice » de Frédéric Mermoud, incarnée par une Emmanuelle Devos à contre-emploi, ou la commissaire dépressive jouée par Josiane Balasko dans « Cette femme-là » de Guillaume Nicloux. Dans « Coup d’éclat », deuxième long-métrage de José Alcala, c’est au tour de Catherine Frot d’endosser le rôle d’une policière forte et fragile. Un détail, toutefois, distingue son personnage des nouveaux archétypes de femme flic : elle n’est pas une personne de terrain mais une fonctionnaire de bureau, qui gère des dossiers et statue sur le sort d’étrangers en situation irrégulière. L’enquête à laquelle elle s’adonne constitue donc une situation qui pour elle n’est pas naturelle, et qui lui vaudra quelques grands moments de solitude. Si le film fonctionne, c’est principalement parce qu’il repose sur cet anti-héroïsme latent.

En effet, mis à part quelques scènes convenues (le vertige de la protagoniste qui disparaît miraculeusement à la fin de l’enquête, la photo volée qui porte un lourd secret) et quelques dialogues maladroits, le récit captive et le personnage de Fabienne s’étoffe, empruntant des sentiers auxquels on ne s’attend pas. Loin de l’image de la police à l’américaine où tout agent assermenté est entraîné pour faire face à toutes les situations, elle prend son courage à deux mains et improvise, avec le lot de maladresses qui en résulte. La scène dans laquelle elle doit user de son arme pour protéger les victimes et mettre en état d’arrestation une bande de malfrats incrédules, comme si c’était la première fois, est en cela parfaitement réaliste. Et le jeu à la fois posé et déstabilisé de Catherine Frot tape dans le mille.

De plus, derrière ses airs de film social classique, « Coup d’éclat » révèle une grammaire cinématographique singulière : le sujet du film, pragmatique et d’actualité, évolue dans une ambiance limite surréaliste, appuyée par le dépouillement des décors (l’histoire se déroule à Sète, mais ce pourrait être là un no man’s land), la froideur des lieux (jamais le Sud de la France n’aura semblé si nordique) et l’étrangeté du monde ouvrier qui y est dépeint (les usines semblent désertées depuis des lustres). La mise en scène, sobre, évite soigneusement toute fioriture (en témoigne l’absence de musique) qui détournerait l’attention des personnages et des faits. S’il ne transparaît pas dans la forme, assez austère au demeurant, quel est donc ce « Coup d’éclat » ? Il faut sans conteste chercher du côté de cette femme flic, qui glisse doucement mais sûrement vers une autre part d’elle-même, et du beau portrait qui en est fait.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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