avec ou sans moustache

LA CORNE D'ABONDANCE

Une comédie agréable, volontairement caricaturale

Les habitants du village cubain (imaginaire) de Yaragüey voient leur routine bouleversée par une nouvelle incroyable : toute personne ayant Castiñeiras pour patronyme est potentiellement héritière d’un immense trésor déposé dans une banque anglaise plusieurs siècles auparavant. Or les Castiñeiras sont nombreux dans le village. Les démarches et les coups bas commencent...

On avait laissé Juan Carlo Tabío avec le sympathique "Liste d’attente" il y a déjà dix ans, son film suivant, datant de 2003, étant toujours inédit en France. On se souvient surtout de sa fructueuse collaboration avec le regretté Tomás Gutiérez Alea, notamment avec "Fraise et chocolat" (1994), véritable chef-d’œuvre du cinéma cubain. La sortie de "La Corne d’abondance" est donc la bienvenue, et Tabío fête son retour avec une comédie sans prétention. Pas un film de génie donc, mais une œuvre agréable et attachante.

Cette véritable fable, dont les aspects sociaux ne sont que sous-jacents, joue volontairement la carte de la caricature, tirant donc avec une joie bien visible de grosses ficelles, et jouant avec des personnages et des situations parfois grotesques, des rebondissements souvent attendus, pour donner finalement un ensemble réjouissant, car l’exagération est finalement la couleur du film !

D’ailleurs, Tabío prend un malin plaisir à sauter à pieds joints dans la débauche, mettant en avant une réelle joie de vivre, même dans les situations les plus humainement désagréables pour ses personnages. Par moments, on dirait presque une transposition cubaine de Kusturica, avec un peu moins de folie toutefois. En tout cas, une véritable ivresse plane tout au long du film.

Dès les premières scènes, Tabío annonce aussi la sensualité de son histoire : la sublime Annia Bú Maure dévoile ses charmes dès sa première apparition. On sent alors que le désir et la jouissance vont constituer le fil rouge du film, décliné sous deux formes principales : la sexualité et l’argent, les deux se combinant évidemment dans les trajectoires de personnages plus ou moins avides. Finalement, c’est un film de bonne chair, qu’on ne saurait bouder malgré ses imperfections.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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