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COPILOT

Romance détournée

Au milieu des années 90, Saeed, jeune fille issue d’une famille d’origine turque, fait la connaissance à une fête foraine d’Aslid, jeune immigré arabe libanais, venu en Allemagne pour échapper à la guerre. Devenant rapidement proches, ils décident d’annoncer à leurs parents leur mariage à venir. Autant ceux d’Aslid se réjouissent à distance au téléphone, autant Saeed fait tout pour éviter d’afficher leur relation aux yeux de sa mère…

Copilot film movie

Égrainant les cinq années d’une relation en dents de scie, affirmant un amour réciproque, tout en confrontant le couple à la douleur de l’absence, le film allemand "Copilot", présenté dans la section Panorama du Festival de Berlin 2021, réussit à parler assez justement du secret autour d’une supposée radicalisation ainsi que de l’aveuglement en amour. Focalisée d’abord sur le couple, son ciment, sa complicité, livrant ainsi une première partie en forme de romance, Anne Zohra Berrached ("24 semaines") sème des points de discorde au fil d’un scénario plutôt habile, co-écrit avec Stefanie Misrahi.

Introduisant progressivement diverses vexations, elle tente de suggérer l’évolution d’Aslid vers une colère légitime. Qu’il s’agisse des mensonges de Saeed pour cacher sa liaison à une mère qui stigmatise les arabes, d’une engueulade autour des juifs et du Coran, ou de questions d’études ou d’emploi, son mal-être dans une société occidentale (« basée sur l’esclavagisme »…) transparaît, comme les signes d’un début de radicalisation (il ne la présente pas à d’autres hommes, lui reproche de fumer, parle de « démon » qui la tenterait…).

Le reste du film, ménageant récit à suspense et approche psychologique, restera centré sur le personnage féminin, Saeed, dans sa relation en dents de scie avec un Aslid qu’elle sera incapable de cerner, dans le yoyo émotionnel entre absences et moments heureux. Décrivant au final l’aveuglement amoureux, jouant sur l’envie de croire à un retour au bonheur, l’auteure met son personnage principal face à ses propres responsabilités, suggérant dans un intelligent dernier plan, non seulement sa solitude, mais aussi toutes les femmes qu’elle aurait pu être, voire toutes celles qui l’observent dans son obstination amoureuse.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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