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COMPAÑEROS

Un film de Alvaro Brechner

Un sujet important, plombé par une mise en scène peinant à retranscrire la souffrance

1973. Alors que la junte militaire a pris le pouvoir en Uruguay, certains prisonniers considérés comme des terroristes, ont été arrêtés. Trois d’entre eux, José Mujica, Mauricio Rosendorf et Eleuterio Fernandez Huidobro, sont transférés dans le même lieu, avec interdiction de parler entre eux ou avec les gardes…

Companeros film image

Avec à la fois au générique Antonio de la Torre ("Balada Triste", "La isla minima"), Chino Darin (le fils de Ricardo, aperçu dans "L’ange") et Alfonso Tort, on s'attendait forcément à découvrir trois numéros d'acteurs impressionnants dans ce film dédié aux prisonniers de la dictature uruguayenne. Tentant de restituer 12 années d'enfermement et de quasi solitude, "Compañeros" (au titre original "La noche de 12 años)" fait malheureusement peu à peu primer les effets de mise en scènes sur le jeu des acteurs eux-mêmes, provoquant au final un certain rejet.

Car le scénario se désintéresse pendant les trois quarts du film, des contextes intimes de chacun des trois prisonniers (réduits ici au minimum), préférant se concentrer uniquement sur les conditions de détention, les déménagements successifs, la folie qui gagne peu à peu du terrain. Quant à la mise en scène de Alvaro Brechner ("Sale temps pour les pêcheurs"), elle n'exploite que peu l'exiguïté des lieux, mais multiplie les effets sonores, les montages serrés signifiant la souffrance physique ou la folie (évocation de tortures passées...). Ceci pourtant sans parvenir à transmettre réellement leur souffrance au spectateur.

Si l'on ne peut que condamner les sévices qu'ont subi les prisonniers, il est du coup bien difficile de prendre fait et cause pour les personnages, tant leurs agissements passés sont laissés ici dans l'ombre. Les scènes de parloir ou de retrouvailles ont alors bien du mal à fonctionner dans l'empathie, pas plus que les paraboles sur une liberté retrouvée sous l'ovation des autres prisonniers. Restent tout de même la dénonciation de la parodie d'inspection par la Croix Rouge internationale, et quelques pointes d'humour permettant d'alléger quelque peu le propos. Avec un tel sujet, on regrettera donc que le film apparaisse comme une sorte de catalogue des tortures infligées aux prisonniers, égrenant les jours de détention à la manière d’un ennuyeux calendrier. Les trois formidables acteurs, eux, s’en sortent plutôt bien.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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