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COCO CHANEL ET IGOR STRAVINSKY

Un film de Jan Kounen et Tony Leondis

Sans âme

Quelques temps après le décès de "Boy", Coco Chanel a connu le succès et la renommée. Lors d'une soirée, elle fait la connaissance du compositeur Igor Stravinsky, chez qui elle sent un talent contrarié...

Le film de Jan Kounen reprend l'histoire de Coco Chanel, quasiment là où le troublant "Coco avant Chanel" d'Anne Fontaine l'avait laissée : au début du succès de la célèbre couturière. On se demandait, intrigué, qu'allait bien pouvoir amener Kounen, réalisateur controversé de "Doberman" ou "99F", à l'univers du biopic historico-romantique. Et les fans seront forcément déçus, car hormis la navrante introduction, totalement incongrue, faite de fractales en noir et blanc, clin d'oeil malvenu à son "Blueberry" ou au reportage qui s'en suivi sur le chamanisme ("Darshan"), on ne reconnaît pas le sens du rythme de l'auteur qu'on appréciait par ailleurs.

Espérant générer un reflet de passion, Kounen met face à face deux génies, imaginant leur idylle, mais n'arrivant jamais à insuffler la moindre sensualité, pas même au travers des scènes de sexe. Il faut dire que Mads Mikkelsen ne dégage ici absolument aucun charisme, se contentant d'une moue crispée du début jusqu'à la fin du film. Et malgré toute la félinité qu'elle déploie, la captivante Anna Mouglalis, bien plus trouble qu'Audrey Tautou dans le même rôle, ne parvient pas à renflouer la barque, aussi hautaine que soit sa personnification de Coco.

Seules finalement quelques scènes avec la femme russe bafouée (Clara Guelblum, formidable de pathétique) réussissent à soulever légèrement les coeurs. Mais finalement, "Coco Chanel et Igor Stravinsky", présenté en clôture de Cannes, est un peu à l'image de ses propres décors, méticuleuse reconstitution de la maison de campagne de Coco Chanel : d'une belle facture géométrique, mais d'un désespérant et glacial noir et blanc. Et ce ne sont pas les scènes sans relief sur les affinités entre deux génies en devenir qui feront relever la tête à ce double portrait sans âme.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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