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LA CLINIQUE DE L'AMOUR

Potache, mais au rythme maîtrisé

Un chirurgien renommé et vieillissant tombe amoureux d'une nouvelle infirmière fraîchement engagée dans sa clinique. Son dragueur de frère, associé dans l'affaire médicale familiale, réussit à séduire la belle et l'épouse. Dépité, le chirurgien se retire, loin, dans un Québec isolé et enneigé...

Ceux qui avaient apprécié l'humour visuel et décalé du premier long-métrage d'Arthus de Penguern (« Grégoire Moulin contre l’humanité ») retrouveront son style désabusé avec plaisir. Son nouveau film, directement inspiré d'un court-métrage parodique qu'il avait réalisé il y a quelques années (« La Polyclinique de l'amour ») situé quelque part entre « La Clinique de la forêt noire » et « Les Feux de l'amour », en reprend les bases tout en réussissant à s'éloigner d'un sur jeu qui eut été insupportable sur 1h30. Le chirurgien John et l'infirmière Priscilla sont donc de retour au sein d'un véritable scénario qui, en parallèle du récit d'un amour contrarié, s'attaque également aux médecins devenus hommes d'affaire, au travers d'une histoire de cession de parts et d'héritage.

Avec un don évident pour l’auto-dérision, De Penguern évoque par moments Buster Keaton ou Charlie Chaplin, dans certaines parenthèses lorsqu'il envoie son propre personnage au Québec digérer son chagrin en soignant des Inuits, mangeant du poisson cru à pleines dents, ou faire copain-copain avec un ours pas si méchant. Assumant l'aspect irréaliste de ces scènes, il entraîne sans difficulté le spectateur dans son univers fait de personnages excessifs, apportant ainsi un certain équilibre entre dureté du monde réel et gentillesse assumée. À son Droopy de personnage répond l'infirmière brune, vamp arriviste qui use de ses charmes et au frère roublard et manipulateur répond le fameux (faux) ours, dont chacune des apparitions incongrues est un vrai délice de drôlerie absurde.

Bruno Salomone, lui, joue les méchants avec un plaisir non dissimulé, assumant parfaitement le cynisme ringard de son dragueur de personnage. Certains trouveront qu'il se répète, mais il le fait si bien. Quant à la belle Priscilla (Héléna Noguerra), elle irradie l'écran à chacune de ses apparitions. Dosant savamment son scénario entre parodie désabusée et folie assumée qui sert d'échappatoire, De Penguern crée un univers séduisant dans lequel on se prendrait presque pour tous les personnages, même le fameux faux ours, qu'on a plaisir à retrouver y compris dans les scènes les plus improbables, comme la chorégraphie finale, qui nous ferait presque dire que le garçon ne fume pas que du tabac.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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