Banniere-Berlinale-2019

CLIMAX

Un film de Gaspar Noé

La percutante expérience de la destruction

En 1996, une troupe de danseurs s’est formée, à force de labeur, de répétitions, d’effort. Forts de leur succès et à la veille d’un départ en tournée aux Etats-Unis, ils sont tous réunis pour faire la fête. Mais celle-ci ne se déroulera pas comme prévu...

"Climax" de Gaspar Noé s'ouvre sur un plan zénithal, un corps de femme en sang, gémissant dans la neige. De quoi marquer d’emblée les esprits. Vient alors le générique de fin du film. Comme pour signifier qu’il s’agissait là de la dernière image de son histoire. De quoi, cette fois-ci générer l’inquiétude. Ayant déjà conté une histoire à l’envers, de la destruction jusqu’au bonheur initial d’un couple (le très perturbant "Irréversible"), le voici qui s’intéresse à nouveau à la question du temps, et de comment un moment peut tout faire basculer, faire passer un moment de vie intense (la danse, la fête…) à un moment de destruction et de mort (vengeances, règlements de comptes, pulsions libérées…).

Apparaissant comme un film structuré au niveau graphique et déstructuré dans son récit, "Climax" se pose en nouvelle expérimentation, prompte à déboussoler le spectateur pris dans un tourbillon dû à une caméra et des personnages partant au propre comme au figuré « en vrille ». Générique de fin en ouverture, présentation des acteurs au bout d'une demi-heure à la manière de marques (avec des logos), titre du film souligné d’un « français et fier de l’être » à un autre moment, tout concoure à renouveler les codes narratifs. À l'image de "Enter The void", le film se veut une plongée dans l'univers d’une drogue qui délie les langues, désinhibe et laisser s’évader les pulsions les plus morbides ou violentes.

Mais Gaspar Noé nous offre, cette fois-ci, non pas une vision subjective, mais une observation extérieure de sa troupe de danseurs condamnés à planer ou délirer par (on le suppose) l’un d’entre d’eux. Sorte d’ode à la vie, impressionnant niveau chorégraphies, le long métrage, reparti de la Quinzaine des réalisateurs 2018 avec le Prix de la CICAE, fait la part belle aux élans des corps et aux pulsions des uns et des autres, pour mieux dégoûter de la drogue mais aussi de la nature humaine en générale. Et pour mieux montrer que ce qui met du temps à ce construire, peut disparaître en quelques instants. Un film immersif et presque éducatif.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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