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CITY OF LIFE AND DEATH

Un film de Chuan Lu

Une fresque de grande ampleur

Une fois la cité chinoise de Nankin prise par les Japonais en décembre 1937, la survie s'organise comme elle peut, mais les exactions des soldats japonais se poursuivent...

« City of Life and Death » commence sur des cartes postales qui permettent de caler dans l'esprit du spectateur quelques dates clés. Le 7 juillet 1937, la guerre éclate entre le Japon et la Chine. Puis les choses vont très vite : le 12 novembre c'est la chute de Shanghai et les armées se dirigent vers Nankin. La chute de la ville le 12 décembre 1937, après la fuite des dirigeants, marque le début de l'une des pages les plus noires de l'Histoire chinoise. Et ces cartes postales serviront ensuite à ponctuer dans le temps les événements tout au cours du récit.

Si la représentation du siège de la ville se limite à quelque prises de vue impressionnantes sur des chars pilonnant les fortifications, la première heure du film nous livre les derniers moments de résistance, à grands renforts de scènes de fusillade et bombardement. La prise de pouvoir par les Japonais résulte en une ville détruite, le réalisateur s'attardant sur des scènes de désolation dans les rues, réussissant un mariage parfait entre leur ampleur et l'intimité des gestes des survivants. Ainsi, dans une magnifique scène, les Chinois s'étant réfugiés dans une église, il met en évidence l'incompréhension des enfants, dépassés par les événements, en montrant par exemple une petite fille qui regarde tous les autres lever les bras en l'air... et finit par faire de même.

La reconstitution minutieuse montre les exécutions sommaires des prisonniers, par rangées à la baïonnette, en foule à la mitraillette le long de la mer, ou enfermés dans une grange et brûlés vifs. Le scénario ne cache rien de la cruauté de l'armée japonaise, décrivant avec précision l'épisode connu et symbolique du sacrifice d'une centaine de femmes devenues esclaves sexuelles pour l'ennemi. Le récit offre un regard croisé entre un soldat chinois prisonnier, un officier japonais qui commence à prendre conscience de la gratuité de certains gestes, un homme d'affaire allemand dénommé John Rabe et son secrétaire chinois qui travaille pour les Allemands. Le principal de l'action se déroule ainsi dans la zone de protection des réfugiés créée par des étrangers et le représentant nazi. Comme un siège à l'intérieur même d'une ville détruite, cet endroit est le dernier lieu de dignité qui persiste, subissant pourtant rafles de femmes pour assouvir les besoins des soldats, et humiliations quotidiennes.

Le noir et blanc est proprement sublime, la caméra à l'épaule dynamisant avec efficacité les scènes de combat. Le réalisateur fait preuve d'une maîtrise évidente des scènes de foule. Il joue de l'alternance de plans larges montrant l'ampleur des dégâts et de plans resserrés traduisant la détresse, l'angoisse ou l'espoir des prisonniers. Et il nous offre au final un film qui parle avant tout de sacrifice, qu'il s'agisse de permettre à certains de partir, d'éviter une exécution, ou d'épargner une souffrance...

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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