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LES CHEVAUX DE DIEU

Un film de Nabil Ayouch

Un film inégal qui finit par convaincre

1994, bidonville de Sidi Moumen, dans la banlieue de Casablanca. Yachine, 10 ans, essaie de suivre les traces de son grand frère Hamid, 13 ans, petite frappe du quartier. Mais les deux garçons sont de tempérament bien différents, et le plus jeune ne parvient jamais à sortir de l’ombre de son aîné. Lorsque celui-ci se retrouve en prison, les deux frères entament chacun de leur côté des parcours différents. Hamid, surtout, va radicalement changer…

Inspiré des attentats terroristes du 16 mai 2003 à Casablanca, ce film tente de retracer le parcours de deux frères avant qu’ils ne tombent dans l’islamisme radical. Le parti-pris de Nabil Ayouch, réalisateur de « My land » et « Whatever Lola wants », est donc de croiser la petite histoire avec la grande (celle du terrorisme post-2001). Partant du postulat qu’on ne naît pas martyr mais qu’on le devient, il pointe comme principal levier d’enrôlement le marasme des cités, où règnent la misère, la violence et la drogue, et face auquel la dévotion religieuse apparaît comme la seule échappatoire possible.

Adapté d’un roman de Mahi Binebine, « Les Chevaux de Dieu » rappelle fortement un autre film traitant du même sujet, « Paradise now » (2005), qui mettait en scène les dernières 24 heures de deux amis d’enfance palestiniens devenus kamikazes. Pour la première fois, un film s’intéressait à l’humanité de ces funestes héros. Ici, on s’attarde davantage sur le pourquoi du comment, remontant jusqu’à l’enfance des protagonistes et s’attachant à montrer en quoi ils étaient des proies idéales pour les intégristes religieux.

Il en résulte une histoire assez classique, qui voit les deux frères évoluer de façon prévisible (une fois l’aîné en prison, le cadet reprend du galon). De plus, bien que la qualité globale de l’interprétation soit au rendez-vous (les deux frères Rachid, qui interprètent les deux héros du film, sont très bons), le film souffre d’un déséquilibre narratif, la fratrie censée se trouver au centre de l’intrigue et du processus de radicalisation des personnages étant insuffisamment développée. Ainsi, le personnage d’Hamid ne décolle jamais, très vite supplanté par Yachine et ses amis, à la psychologie plus approfondie (surtout Nabil, le meilleur ami, qui suscite l’empathie).

Si le film manque son coup sur sa première moitié, il s’avère toutefois plus convainquant par la suite, notamment lorsqu’il expose de façon quasi-documentaire la stratégie d’enrôlement et de préparation des futurs kamikazes. Des techniques de persuasion, qui s’appuient sur la dynamique de groupe, aux séances de préparation physique et psychologique, le film révèle une mécanique d’une efficacité redoutable. Quelques scènes fortes viennent ponctuer la dernière demi-heure du film, jusqu’à une conclusion on ne peut plus déchirante. De quoi en garder un souvenir vibrant.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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