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CATACOMBES

Un film de John Erick Dowdle

J'irai à Paris car l'enfer est ici...

Une équipe d’explorateurs menés par la jeune et téméraire Scarlett se lance dans l’exploration d’un mystérieux réseau de catacombes parisiennes, véritable labyrinthe d’ossements et de légendes occultes, afin d’espérer y dénicher la célèbre pierre philosophale. Mais en chemin, chacun d’eux se retrouve confronté à ses démons les plus intimes, et bascule peu à peu dans un mélange de terreur et de folie. Les portes de l’enfer vont s’ouvrir…

Pas moins de quinze ans après le triomphe planétaire du terrifiant "Projet Blair Witch", il n’est désormais plus possible de considérer le found footage comme autre chose qu’une infâme pompe à fric, doublée d’une entreprise de nivellement par le bas du langage cinématographique. Et si l’on se retrouve désormais obligé de se farcir au moins trois daubes de ce genre par semaine, avec tout ce que cela comporte de caméra-shaker exaspérante, de plans illisibles, de scénarios ineptes et de néant esthétique, c’est parce que les concepts ne manquent pas : trouvez-en un qui justifie l’utilisation d’une caméra portée à la main par un protagoniste-témoin, mettez aux commandes du bousin un inconnu ou un incompétent (en général, les deux se rejoignent) qui s’imagine que la mise en scène est une spécialité bretonne, peuplez le casting d’une flopée d’acteurs fadasses et payés des clopinettes, et hop, votre navet est prêt. Il ne vous reste plus qu’à le servir tiède dans les multiplexes et passer à la caisse pour récupérer les valises de brouzouf.

À peine une semaine après le nullissime "Black Storm", c’est évidemment avec un boulet aux pieds que l’on se rendait à la projection de "Catacombes", qui plus est en retrouvant derrière la caméra ce gros tâcheron de John Erick Dowdle, alias le responsable du calamiteux "Devil" et de l’inutile remake américain de "[REC]". Et dès les premières images, on se chope le menu best-of en terme de ressassement incessant des ficelles du genre : une ouverture gesticulante où l’on ne pige que dalle aux trois quarts des plans, une héroïne têtue à la Heather Donahue qui nous donne envie de roupiller à force de ressasser l’importance de son travail d’archéologue, ainsi qu’un scénario qui démarre de façon plate (en résumé, on a envie de dormir) pour finir par s’enfoncer dans un véritable charabia égypto-métaphysico-galiléen-araméen-ptolémaïque à en filer des palpitations aux frères Bogdanov. Pourtant, une fois que les membres de l’équipe chaussent leur baskets et allument les GoPro fixées sur leurs casques, "Catacombes" réussit contre toute attente à se créer une identité visuelle, à exploiter intelligemment son concept et, surtout, à générer de sacrées montées de trouille.

Avec le recul, la réussite du film tenait sans doute à la capacité du réalisateur à installer une ambiance de plus en plus oppressante dans ce réseau de cavités obscures, à la mesure du déchaînement de terreur claustro qui alimentait la seconde partie du mémorable "The Descent". Sans atteindre un tel niveau de maîtrise, Dowdle s’en sort haut la main sur les montées d’angoisse, exploite toutes les spécificités de son décor flippant, réussit à contrebalancer les traditionnels sursauts par une gestion efficace des effets sonores, et confère même à son intrigue le relief d’une pure descente aux enfers qui ne vise qu’à confronter les personnages à leurs démons intimes les plus terribles. Certes, on pourra sourire devant quelques détails gratinés (dont un rituel souterrain avec plein de filles à poil qui chantent du sous-Ligeti !) ou s’énerver devant une caméra-vibromasseur qui gigote à chaque situation extrême, mais au vu d’une dernière demi-heure tétanisante de trouille, on se prend plus d’une fois à flipper comme des dingues comme à la grande époque du "Projet Blair Witch". Après tout, peut-être que l’on tient ici son seul descendant digne de ce nom…

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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