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BUDAPEST

Un film de
Avec

Very Bad Grippe

À l’annonce du film, avouons-le, on avait pris peur. Après avoir vu tant de cinéastes de genre comme Florent-Emilio Siri ou Fred Cavayé se fourvoyer dans des comédies bankable pour prime-time de TF1, le fait de voir le talentueux Xavier Gens ("Frontière(s)", "The Divide") imiter ses petits camarades avait tout pour inquiéter. Sauf qu’en partant du principe que le bonhomme avouait vouloir réaliser une comédie depuis longtemps et à partir d’un postulat trash au possible, le spectre d’une comédie française très mal élevée et un peu moins coincée du derrière que les autres planait un peu sur le projet "Budapest". On était en fait bien idiots de le croire, tant le résultat ne fait que normaliser un cinéaste réputé frondeur à une idéologie malsaine et répugnante, vantant l’apologie du flouze et la normalisation de toute forme de subversion dans un écrin de comédie plus « ca$h » que trash. Et si la réalisation de Gens reste par moments d’une certaine inventivité (ne serait-ce que dans des scènes où tout tient sur l’énergie quasi épileptique du montage), elle n’est en rien une excuse au regard de ce que le film propose.

Passe encore sur la caractérisation caricaturale du peuple hongrois (en gros, des ivrognes mal rasés, un mafieux borgne, des benêts bien bêtes et de la péripatéticienne obèse à grosses loches), que l’on en vient à considérer comme un cliché obligé du genre. Passe encore sur la pauvreté des gags, totalement à l’opposé de la teneur dégénérée d’un "Very Bad Trip", et centrés sur de vieux ressorts moisis à base de pets, de vomi, de nichons, de zguègue fracassé et de quiproquos homophobes – nul doute que Cyril Hanouna et ses chroniqueurs à deux de QI seront le meilleur public pour trouver ça drôle. Mais le film franchit vite la limite du tolérable en superposant à ce faux délire pas trash un pitch mélodramatique bien vicieux. Il y a déjà le quota féminin (Belaïdi et Poisson dans leurs registres habituels) que l'on présente d'entrée comme un repère moral pour les deux héros (Payet et Cohen dans leurs registres habituels), mais qui, au détour d'un virage narratif difficile à admettre, embrasse soudain le statut de "reines de l'opportunisme", si appâtées par le pouvoir du fric et de l'actionnariat qu'elles en viennent à laisser de côté le fait d'avoir été trahies et cocufiées par leurs idiots d'époux. Et il y a ensuite cette philosophie capitaliste qui exhale de vieux relents de colonialisme en se limitant à deux idées : d'une part, les pays pauvres ne peuvent survivre qu'en laissant les pays riches exploiter leur population pour la seule satisfaction de ses vices, et d'autre part, les exploitants, forcément des technocrates frimeurs et cocaïnés jusqu'à la rate, ont autant de beaufitude crasse dans la bouche que de stock-options dans l'attaché-case. Triste réalité d’un cinoche hexagonal qui arrive à rentrer encore plus dans le rang lorsqu’il se prétend plus transgressif.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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