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BLED NUMBER ONE

Retour en étranger dans son pays

Un jeune homme expulsé de France, revient dans son bled. Accueilli apparemment à bras ouverts, il observe silencieusement des rituels et modes de vies dont il semble s’être éloigné…

Après "Wes Wesh (qu'est-ce qui se passe)", Rabah Ameur Zaïmeche revient avec le portrait d'un pays, d'une terre, l'Algérie, au travers de l'arrivée au pays d'un jeune homme soumis à la double peine. Développant des thèmes intéressants, comme les rapports entre frères et sœurs, la violence au quotidien, la menace islamiste intégriste, l'autodéfense ou la séparation des hommes et des femmes dans la vie quotidienne, son film se situe étrangement entre tradition et modernité, à l'image du pays. Bien sûr, si la salle réagit lorsque l’on égorge une vache, chacun peut aussi ressentir le côté paisible et naturel de la chose, traduit notamment par les rires amusés des hommes, dans le film. Comme le jeune homme, on découvre ainsi une culture, et ses différences avec la notre.

Mais étrangement, le réalisateur - scénariste montre aussi une quasi absence de vraie curiosité pour le pays de l’autre. Dès l'une des premières scènes, si les hommes demandent comment est la France, ils n'obtiennent ou n'attendent pas de réponse. Puis, ils n’acceptent pas non plus les différences de réactions, de valeurs du jeune homme, allant jusqu'à manifester le désir de "lui donner une leçon". Lui préfère aller voir les femmes, ou défendre celle qui sera opprimé et n'a pas le droit de quitter son mari, ou subit de multiples pressions. Il prend position entre conception moderne et ancestrale de certains rapports.

A la vision de "Bled Number one", on éprouve surtout une étrange sensation que le temps n’a pas d’importance. Dans ce monde personne ne semble travailler, le rythme de la vie est totalement différent. Dans ce monde les bandes de jeunes "modernes" masquent les traits d'islamistes radicaux et dangereux (pas d’alcool, pas de jeux…), et les adultes "normaux" utilisent leurs propres moyens pour protéger leur village (armes, barrage nuit et jour sur la route…), frisant à la fois le ridicule ou l'anecdotique. Alors on comprend que le personnage principal se réfugie dans son monde, décrit de manière onirique, par des passages musicaux. Mais on se demande cependant s'il était nécessaire de faire apparaître le guitariste lui même dans les plans, sorti de nulle part, et interprétant des chansons en anglais sur fond de guitare électrique saturée. La musique seule aurait largement suffit à faire passer le sentiment de besoin d’isolement ou de retraite du jeune homme. Du coup on se retrouve au bout d'un moment devant un film un rien confus dans son action.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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