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BELLES FAMILLES

Le retour raté de Jean-Paul Rappeneau

Vivant aujourd’hui à Shanghaï avec sa fiancée Chen-Lin, Jérôme Varenne est de passage à Paris, quelques heures avant un rendez-vous d’affaires important à Londres. À cette occasion, il revoit sa mère Suzanne et son frère Jean-Michel, avec lequel les retrouvailles ne sont pas très joyeuses. Mais surtout, Jérôme apprend sans tarder que la maison de famille d’Ambray, où il a grandi, est au cœur d’un sacré imbroglio juridico-administratif. Au risque de retarder son rendez-vous londonien, il décide alors de résoudre cette affaire afin d’éclaircir le mystère entourant sa famille…

La sortie d’un nouveau film de Jean-Paul Rappeneau est devenue une arlésienne de premier choix depuis déjà plusieurs décennies. On sait que le réalisateur de "Cyrano de Bergerac" prend son temps entre chaque film, au point de nous pousser à attendre parfois sept ans qu’il revienne à la mise en scène, mais quand l’absence s’éternise, les attentes finissent par prendre une ampleur bien plus vaste. La déception ressentie devant "Belles familles" est paradoxalement à la mesure de la joie qu’avait suscité le fabuleux "Bon voyage" en 2003, lequel constituait alors un come-back des plus réjouissants après huit ans d’absence. Il aura fallu attendre la même durée pour que ce nouveau film débarque en salles, peu de temps après avoir été un temps espéré en film de clôture du dernier festival de Cannes. Après visionnage, on se dit qu’on l’a échappé belle, la pauvreté narrative et formelle du résultat étant le signe d’un lynchage critique potentiel au sein d’une sélection cannoise.

Ce n’est certes pas la première fois que Rappeneau s’intéresse à des histoires de famille et de château (c’était même le contexte de son premier film "La Vie de château"), mais le voir investir le vaudeville familial pour en extraire les scènes les plus éculées du genre était bien la dernière chose à laquelle on s’attendait de lui. Filmé et cadré comme un téléfilm, scénographié et découpé sans génie comme n’importe quelle comédie bassement théâtrale (90% de scènes d’intérieur composent ici le scénario), "Belles familles" n’arrive surtout pas à captiver, la faute à un scénario hautement prévisible à base de conflit entre deux familles – d’où le titre – dont la résolution se devine carrément au bout d’un quart d’heure. Et avant d’en arriver à cette issue finale d’une rare platitude, on n’aura à se mettre sous la dent que des enjeux amoureux dignes d’une banale sitcom et un vaste charabia juridico-administratif dont on ne pige pas grand-chose – à moins d’avoir un doctorat en sciences juridiques, peut-être ? Le manque de subtilité dans l’écriture – qui survole trop vite certains enjeux amoureux – et la caractérisation des personnages – tantôt esquissés tantôt outranciers – n’arrange évidemment pas les choses, sans parler d’un final bâclé qui sonne presque comme une perte de repères…

En fin de compte, ce qui rend malgré tout "Belles familles" relativement agréable à regarder en dépit de ces défauts les plus embarrassants tient tout simplement à ses acteurs. Une fois de plus, comme dans le cas de "Bon voyage", Rappeneau blinde son casting d’une longue liste de pointures et de têtes confirmées, tous excellents, au sommet desquels trônent un Mathieu Amalric toujours impeccable et la jeune Marine Vacth (dont on était sans nouvelles depuis le "Jeune & Jolie" de François Ozon). Rien que pour les interactions entre ses acteurs et pour la façon qu’à Rappeneau de les mettre en valeur dans son cadre, on peut se laisser tenter. Mais pour un come-back que l’on appréhendait depuis plusieurs années, soyons directs, c’est bel et bien raté…

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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