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BEHEMOTH

Un film de Zhao Liang
Avec

Une vision poétique d'une modernité galopante

Behemot, monstre créé par Dieu, se nourrissait de montagne. La société chinoise moderne elle aussi s'en nourrit, exploitant les ressources naturelles à l'excès, avec des engins ressemblant de plus en plus au monstre lui-même...

Sortie directe en vidéo / DVD le 1er décembre 2015

Film chinois découvert en compétition au Festival de Venise 2015, "Behemoth" est un documentaire saisissant, à la fois poétique et effrayant. Alternant images d'une terre éventrée et d'une prairie « vierge » d'un vert devenu presque naturel, le film met face-à-face une modernité aux conséquences sanitaires et esthétiques désastreuses et une nature utopique comme fragmentée, dans laquelle il balade un corps nu, allongé, et des jeux de miroirs destructurant un paysage à la base parfaitement lisible.

La monstruosité des images fait honneur à son titre (Behemoth est l'un des monstres de la création originelle avec le Léviathan). Plongeant dans des carrières en exploitation, au cœur du balai d'énormes camions perdus dans la poussière, de tunnels obscures dans de bruyantes mines, il laisse la noirceur envahir l'écran. Le travail sur le son va de paire et impressionne, alliant bruits mécaniques assourdissants, explosions et éclairs soudains. Comme dans l'antre du monstre, la caméra se balade entre proximité et soudaine prise de distance.

Avec ces images provoquant autant fascination que répulsion, Zhao Liang décrit la manière dont la Chine est entrée dans un processus de construction effréné et de recherche de minéraux de valeur, exploitant les matériaux terrestres à l'excès, au détriment des espaces naturels et de la qualité de l'air. Un plan est à ce titre extrêmement signifiant et fascinant : on y voit des camions déverser une terre noire, envahissant peu à peu cette herbe verte qui symbolise un reste de nature.

N'oubliant cependant pas l'Homme, usé comme les visages des mineurs à bout de souffle, l'auteur construit son discours autour de l'illusion de ces villes, paradis artificiel que l'on promet à des êtres privés de nature. Jouant de son système de miroirs, il suggère une forme de dislocation progressive du monde, invitant à réfléchir à l'impossibilité d'une autre issue. Un film étrange et proprement fascinant.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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