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THE BALLAD OF GENESIS AND LADY JAYE

Moi, ma vie, mon œuvre

Genesis P-Orridge raconte sa vie : de son enfance, où le regard de ses camarades de classe le poussa à revendiquer sa différence, à sa carrière d’artiste majeur de l’avant-garde new-yorkaise des années 80, en passant par ses multiples apparences, refusant toute convention, et son remariage avec Lady Jaye, son idéal féminin. Afin de parfaire leur union, tous deux entreprirent de subir des interventions chirurgicales qui les feront devenir physiquement semblables. Un geste d’amour extrême, mais aussi une performance défiant les limites de l’art et de la biologie...

Petite mise en garde préliminaire : contrairement à ce qu’indique l’emballage, ce film ne place pas l’expérience de pandrogynie entreprise par le couple Genesis P-Orridge et Lady Jaye au cœur de sa trame. Bien au contraire, elle apparaît comme une étape parmi d’autres, dans une vie consacrée à défier la chronique et à rejeter la convention. Le spectateur qui se sera laissé guidé par la communication du film sera donc forcément déçu. Le fan du personnage ou de l’un de ses groupes de musique mythiques appréciera peut-être. Quoi que.

Monté à la façon du cut-up, technique issue de la littérature qui consiste à créer une œuvre à partir de fragments de toute origine, et reprise par Genesis P-Orridge dans sa musique, le film de Marie Losier est un patchwork de prises de vue de l’artiste, s’exprimant face caméra, et de tranches de vie diverses : Genesis avec ses filles, Genesis en tournée avec son groupe, Genesis avec Lady Jaye… Le tout entrecoupé d’images d’archives, certainement les plus intéressantes, montrant les premiers pas de Genesis sur scène, ou les activités de Lady Jaye en tant que performeuse fétichiste (dans un donjon, je vous laisse imaginer l’ambiance). On peut donc dire que la forme, bien qu’assez insupportable par moments (épileptiques abstenez-vous), est raccord avec une partie du propos, et que l’univers déjanté et décadent des personnages est restitué de façon assez probante. Ceci dit, ce n’est pas pour autant qu’une idée émerge du film, et que la narration en ressort grandie. Bien au contraire : le film souffre d’un effet fourre-tout assez désagréable, où se mêlent inconforts visuel et sonore. En témoigne cette insupportable scène de démonstration de Genesis au synthétiseur, reprenant et transformant des voix humaines saturées, pendant d’interminables minutes.

Mais là n’est pas le pire. Le film de Marie Losier a un grave problème : celui de ne pas avoir grand-chose à raconter. Sacré paradoxe étant donnés l’excentricité de Genesis P-Orridge et l'aspect foisonnant de sa carrière ! La première moitié du métrage, constituée de scènes de vie où l’on voit le personnage évoluer dans son environnement et parmi ses amis, manque cruellement d’intérêt, étirant sur la longueur des gesticulations et des monologues répétitifs. Le fait que la narration face caméra ou en voix off soit assurée par Genesis P-Orridge lui-même semble aussi pénaliser la dramaturgie du film, enrayée par une surcharge de micro-détails ou d’anecdotes qui ne servent qu’à encenser le mythe, sans aucun recul ni regard extérieur. En aucun cas le film ne parvient véritablement à faire la lumière sur ce personnage fascinant, ni à éclairer ses motivations artistiques. En deux mots : ennuyeux et agaçant.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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