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AYA

L’impossibilité d’une île

Au large de la Côte d’Ivoire, il y a une île que la mer grignote. Parmi la population de cette terre en péril, figure Aya, une adolescente très attachée à ce lieu…

Aya film movie

Présenté dans la sélection ACID au Festival de Cannes 2021, "Aya" dispose d’un cœur intéressant mais son début et sa fin peinent à convaincre. Le réalisateur est en partie piégé par son dispositif mélangeant fiction écrite et documentaire forcément plus incontrôlable. En laissant une grande place à l’improvisation et au naturel, Simon Coulibaly Gillard se perd dans une lenteur qui tourne tantôt à l’ennui, tantôt à la confusion. Ainsi, pendant longtemps, on ne sait pas vraiment ce vers quoi le film nous mène et ce qu’il raconte. Il faut un certain moment pour que les enjeux soient palpables. La première séquence dans le cimetière intrigue donc et il faut patienter un peu pour comprendre que ces hommes, ouvrant les tombes, essaient tout simplement de récupérer les corps pour les déplacer parce que les lieux vont être engloutis à cause de l’érosion du littoral.

Une fois les enjeux plus compréhensibles, on s’attache un peu mieux à l’héroïne (auparavant, on fondait surtout de tendresse pour le bébé), d’autant qu’elle ne correspond pas aux clichés habituels : la jeune fille ne rêve pas d’ailleurs, elle est profondément attachée à son île que la mer grignote inexorablement. Le film devient alors plus fort, montrant l’impuissance de ces hommes et femmes qui semblent sortir du mythe des Danaïdes, reculant toujours plus à l’intérieur des terres en vidant tombes et maisons. Sédentaires en péril, ces gens sont contraints à un étrange et tragique nomadisme.

Face à cette situation sans fin et sans solution, la jeune Aya tente de faire front, coûte que coûte. Opiniâtre, mélangeant fatalité et rébellion, elle défie à la fois la mer et sa mère. Dans cet isolement insulaire, elle n’a aucun appétit pour l’ailleurs ni pour une quelconque ambition (les études ne l’intéressent pas, seule sa terre natale compte). Elle finit toutefois par ne plus avoir vraiment le choix… et voilà que le film tombe dans d’autres travers : alors qu’il privilégiait la lenteur (constituée d’activités quotidiennes, d’attente, d’oisiveté et de contemplation), le métrage expédie la conclusion en une dizaine de minutes, ne montrant quasiment rien de ce qui attend Aya désormais. « Pour revenir, il faut d’abord partir », dit une des répliques du film ; on aimerait donc que le générique de fin soit la promesse d’un deuxième film sur la nouvelle vie d’Aya.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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