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LES AVENTURES DE MIRIAM

Avec

Si Wallace et Gromit avaient été estoniens…

Miriam vit avec ses parents, son petit frère et une poule comme animal domestique. La vie quotidienne est l’occasion de nombreuses péripéties où l'imaginaire tient la part belle...

Ce programme reprend neuf courts métrages d’animation du studio estonien Nukufilm, réalisés entre 2004 et 2012, avec une technique de stop-motion digne de "Wallace et Gromit. Comment, d’ailleurs, ne pas penser aux chefs-d’œuvre des studios Aardman ? Le rapprochement n’est pas seulement technique et esthétique : les personnages font preuve du même mélange d’espièglerie, d’ingéniosité et de flegme face aux petits désastres dont certains d’entre eux (surtout la poule) sont responsables – inondation, disputes, chutes, fracas et salissures en tous genres…

La qualité de l’ensemble doit beaucoup à l’attention prêtée aux détails, que ce soit pour les décors ou les objets, créant ainsi un univers riche en couleurs dans lesquels les petits comme les grands peuvent se régaler. Même si tous les courts métrages ne sont pas tous du même niveau, le rythme des gags est généralement bien maîtrisé, l’absence de dialogues n’empêche que très rarement la compréhension et les scénarios ne reposent pas uniquement sur de simples mécanismes humoristiques.

Pour les plus petits, ce programme peut faire figure d’initiation idéale au cinéma (ça change des nombreuses nullités des programmes télévisuels pour enfants !), d’autant qu’il est empreint d’une certaine modernité, salutaire, visible dans certains détails : par exemple, c’est la mère et non le père qui farfouille dans le moteur de leur voiture pour la réparer.

L’imagination des créateurs permet en outre de renouveler les gags les plus vus et revus et, si la magie opère, c’est aussi parce que la vision est celle des enfants, dont l’imaginaire débordant transforme le quotidien en poésie et en humour. Le magnifique "Miriam’s Colors" en est sans doute la plus grande réussite de ce point de vue, lorsque les enfants, après avoir parcouru un album photo en noir et blanc, croient que leur propre univers a perdu ses couleurs et envoient la poule chercher de la peinture sur un arc-en-ciel pour tout remettre en ordre.

Certains courts ont aussi de quoi réjouir plus particulièrement les adultes à travers des références culturelles plus complexes (la botte qui se transforme en aileron de requin digne des "Dents de la mer" dans "Miriam and the Flood") ou grâce à une deuxième lecture possible de l’histoire (l’éternelle métaphore sexuelle du loup quand le père déguisé essaie de s’emparer de la mère dans "Miriam’s Theatre").

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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