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AUTONOMES

"Autonomes", compte rendu d’une France alternative

Ils sont nombreux et nombreuses à être allés chercher, en Mayenne, un mode de vie alternatif. Seul ou en groupe, ils ont inventé ou sont revenus à des pratiques dont ils sont fiers, loin de ce qui, aujourd’hui, porte le nom de norme…

Autonomes film documentaire

Pour François Bégaudeau, le choix d'un mode de vie alternatif a presque toujours pour source la rencontre d’un désir et d’une contrainte. Ce fil rouge est au cœur de son documentaire. Il distingue d’une part, les départs, ou les arrivés, qui ont été dues à des nécessités économiques, de celles qui résultent d’un choix réel. Ainsi, "Autonomes" se construit comme une série de portraits de femmes et d’hommes, qui seuls ou en groupe, ont décidé de quitter le monde, dans une démarche somme toute souvent individualiste, mais qui leur permettait de penser différemment et de construire dans un espace qui les y autorisaient. Un espace qui les laisse anonymes, discrets, loin de la ville, du monde, du faste, de la consommation et de la mondialisation. Aucun d’entre eux n’est autonome, mais tous y aspirent, y tendent. Comme le dit le réalisateur, ils veulent avoir « le choix de leur dépendance ».

En contraste de ce volet économique et social, qui s’intéresse à ceux qui prônent pêle-mêle le circuit court, la mutualisation, le fonctionnement associatif, l’agriculture raisonnée et la déscolarisation, comme réponse à nombres de maux contemporains, François Bégaudeau s’intéresse également aux sourciers, magnétiseurs et chamans qui peuplent ces régions et dont la pratique se développe et s’enracine dans ces territoires isolés et proches de la nature.

Sans les juger, la caméra part à la rencontre de ces gens et tente de comprendre leur vie, de saisir leur geste, leur quotidien, différent de toute représentation véhiculée par la culture de masse traditionnelle. Comme ces individus sont en dehors des schémas conventionnels, les questions du réalisateur portent toujours sur des aspects très concrets de la vie de tous les jours, afin de tenter de comprendre les solutions que ces femmes et ces hommes déploient pour palier aux manques liés à leur choix de vie.

Pour finir, ce documentaire fait une chose troublante, qui n’est peut-être pas dénuée d’intérêt si la démarche est expliquée et si le spectateur en est prévenu avant le visionnage. Le personnage de Camille, le survivaliste qui revient entre les différents portraits et qui structure en quelque sorte la trame du documentaire, et qui a pour fonction de montrer, peut-être, les limites de ce mode de vie poussé à l’extrême, est un personnage créé de toute pièce. C’est un acteur, ses réponses et réactions sont entièrement écrites, ainsi que ses contradictions et sa mauvaise foi. L’idée du réalisateur était de monter le curseur et de voir si ce personnage serait crédible dans cet environnement et les limites que son mode de vie rencontrerait.

Ne pas prévenir le spectateur et traiter ce personnage de la même manière que les individus qui se confient à la caméra est un choix de mise en scène, une duplicité que le spectateur saura pardonner ou non.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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