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AU BOUT DES DOIGTS

Un film de Ludovic Bernard

Mathieu Malinski rencontre une première fois Pierre Geithner dans une gare. D’abord absorbé par son piano, puis chassé par la police, il ne voit pas l’homme qui le regarde religieusement, les larmes aux yeux. Lors de leur deuxième rencontre, Pierre interrompt le jeu de Mathieu et parvient, malgré ses refus, à lui donner sa carte. Il est en effet directeur au département musique du conservatoire national. Mathieu, arrêté par la police fait alors appel à lui. Geithner parvient à commuter sa peine en travaux d’intérêts généraux, au conservatoire justement. Mais Mathieu va vite poser le balai pour prendre des cours de piano…

Au bout des doigts film image
Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

Quand le rythme et l'interprétation oscillent entre la lourdeur et le néant

Quel est le problème principal du film de Ludovic Bernard ? Lambert Wilson qui donne sa pire performance ? Jules Benchetrit, qui outre la fantastique préparation pour être crédible en pianiste, ne fournit pas le moindre jeu ? Ou peut-être est-ce le cliché des situations, toutes sans exception ? Ou la caractérisation des personnages ? Ou encore peut-être une comparaison inconsciente avec "Whiplash", qu’il tente de copier sans comprendre, en rajoutant un aspect social, oubliant l’intensité et la mise en scène ? Si vous retenez le dernier point, l’ultime scène, new-yorkaise justement, est presque une insulte. Mais il ne faut peut-être pas prendre les choses si personnellement.

Il y a des tentatives de faire jaillir l’émotion dans ce film, une émotion de la musique, mais la lourdeur et l’absence de rythme, que ce soit au montage, ou dans les mouvements de caméra, ou pire encore, dans les réactions des acteurs, font que tout tombe à plat. Pour serrer la gorge du spectateur, pourquoi ne pas être plus subtil que de montrer des gens la gorge serrée, les larmes aux yeux ? Pourquoi cette prise en otage et ce diktat sur la pensée du spectateur ? Rien ne va, tout est trop souligné, lourd et étouffant. Le paroxysme est peut-être atteint dans le montage rapide et chargé de surimpressions lors de la scène de sexe entre le couple de jeunes musiciens.

Prendre les spectateurs en otage est à double tranchant. En effet, en considérant son public comme limité dès le départ, il faut alors prendre la peine de tout justifier, ce qui donne des scènes absolument factices et presque gênantes tant le jeu est mauvais et la scène injustifiée. On prendra comme exemple quand, après avoir cassé un bouton, Mathieu part demander du fil à la femme de Pierre. Pas besoin de montrer des photos de famille, ou d’avoir tout un discours sur le fils absent. Le spectateur avait compris quand Lambert Wilson se fige lorsque Jules Benchetrit touche le dessin encadré.

Impossible de parler de ce film sans parler de sa bande-son. La musique classique est très bien traitée, sans grand fond, sans impact réel sur les personnages si ce n’est des tics d’expressivité de pianistes quand ils jouent, ou des plans alternants le visage et les mains, voire encore pire, des gros plans sur des yeux larmoyants et des gorges serrées. Tout cela passe encore. Mais que dire de l’introduction de morceaux pop dans des séquences comme celle du roller la nuit dans Paris, ou la déprimante interprétation de Where is my mind, au piano ?

"Au bout des doigts" apparaît donc comme un film donc à voir si vous aimez les clichés sur la musique et sur ceux qui la pratiquent. Avec cependant une petite pensée émue pour Kristin Scott Thomas, qui essaie tant bien que mal de s’en sortir face à des acteurs qui n’ont aucun répondant. Elle seule a de la vie et semble pouvoir insuffler quelque chose au film. Mais son personnage est sous-exploité, donc nous ne saurons malheureusement rien de ce qu’aurait fait La Comtesse si elle avait eu plus de liberté.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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