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ANNEE BISSEXTILE

Un film de Michael Rowe

L'autodestruction avec un grand A

A 25 ans, Laura vit seule dans un appartement à Mexico. Son célibat lui pèse. Elle rêve d'une véritable relation amoureuse à la place des petites histoires fades et sans lendemain qu'elle rencontre à chacune de ses sorties. Pourtant, un soir, elle ramène un homme qui va mettre du piment dans ses ébats...

En s'ouvrant sur Laura se masturbant à la vue de la complicité d'un couple voisin, le premier film de Michael Rowe impose une ambiance pesante et dépressive dès les premières minutes. Le réalisateur australien nous invite dans l'appartement de Laura, une jeune journaliste vivant seule et dont la solitude pèse, chaque jour que dieu fait. La jeune femme coche d'ailleurs inlassablement son calendrier jusqu'à une mystérieuse date qu'elle a remplie de rouge, signe d'une expectative abusive qui la prive de la saveur de l'instant.

Mieux vaut ne pas être claustrophobe à la vue d'"Année bissextile". Rowe nous enferme dans l'appartement déprimant de la jeune femme. Ce huit-clos filmé exclusivement en plans fixes ne sert qu'à représenter l'enfermement non seulement physique, mais aussi mental de Laura. Elle ne reçoit que la visite de son frère. Le reste de ses contacts extérieurs ne se résume qu'à des coups de téléphones professionnels et aux étrangers qu'elle reçoit pour quelques minutes de fades ébats sexuels.

Pourtant, il ne suffit que d'un homme qui lui apporte un tant soit peu d'attention et de piment lors de l'acte sexuel pour qu'elle se sente revivre. Le coït devient salvateur. Les séquences de sexe sont à la fois très explicites et étrangement pudique à la fois. On lâche quelques éclats de rires à la vue de certaines tentatives de domination incongrues. Puis à mesure que les deux amants se retrouvent, la relation devient de plus en sadomasochiste voire scatophile pour finalement flirter avec des pulsions morbides. En plus de ce revirement assez malsain, la mise en scène, austère, exempte de toute musique, achève de nous faire sombrer dans un désagréable malaise. Ainsi, malgré ses intelligents partis-pris de réalisation, "Année bissextile" demeure un film très déprimant et difficile à revoir, pourtant récompensé par la Caméra d'Or au Festival de Cannes 2010.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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