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LES ANGES PORTENT DU BLANC

Un film de Vivian Qu

Une percutante chronique de la Chine moderne, entre espoirs et discrète oppression

Dans un motel d’une station balnéaire, deux collégiennes sont agressées par un homme d’âge mûr. La seule témoin, Mia, une adolescente qui travaillait alors à la réception, se tait car elle ne possède pas de permis de résidence. Sa cheffe la fait d’ailleurs passer pour sa petite sœur. Mais une avocate est bien décidée à mettre à jour la vérité...

Le nouveau film de Vivian Qu (réalisatrice de "Trap street", productrice de l’Ours d’or "Black coal") creuse doucement son sillon, faisant lentement monter l'espoir d’une résolution autour du cas de deux gamines abusées dans un hôtel chinois. Entre les rêves de liberté de celle qui était alors à la réception et dont l'absence de permis de résident l'empêche de témoigner, les attitudes de proches désarmés, et la persévérance d'une avocate potentiellement intéressée, se dessine la sombre esquisse d'une justice chinoise peu diligente.

En douceur, le scénario met en évidence le caractère désarmé de la jeunesse féminine, face à la fois à des croyances tenaces, au pouvoir s pervers de l’argent, et à la peur viscérale de la génération précédente de perdre la face ou de déplaire au pouvoir en place. Cynique et lucide à la fois, le film, aux lumineuses prises de vue, met en évidence la corruption ordinaire et le soucis déplorable d’une stabilité plus importante que la justice elle-même. Au travers de trois portraits de femmes, il donne à voir les contradiction d’une Chine tournée vers la réussite, où les raccourcis sont nombreux mais périlleux.

Corruption, usage des médias, tracasseries administratives, prostitution infantile, "Les anges portent du blanc" aborde de nombreux sujets sensibles avec une élégance et une nonchalance toutes enfantines. Et la parabole de cette statue géante de Marilyn, symbole d'ouverture et de modernité, lieu où aiment à se retrouver les jeunes du coin, se dégradant au fil de l'enquête, s’avère des plus saisissantes. Reparti étonnement bredouille du dernier Festival de Venise, alors qu’il figurait parmi les favoris, le film devrait sans mal trouver son public, auprès notamment des admirateurs de Jia Zhang Ke dont Vivian Qu semble devenir peu à peu la digne héritière.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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