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AMERICAN SKIN

Un film de Nate Parker

Le coup-de-poing signé Nate Parker

Lincoln Jefferson est un homme noir en Amérique. Un homme noir qui rentrait chez lui en voiture avec son fils quand deux policiers les ont arrêtés, leur ont demandé de sortir de la voiture et ont abattu son fils qui était en train de les filmer. Lincoln Jefferson est un homme noir qui s’est battu pour que justice soit faite dans les règles. Mais quand le policier qui a tué son fils reprend le service, il décide d’intervenir…

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Présenté dans la catégorie Premières au Festival de Deauville, le nouveau film de l’ancien protégé de Spike Lee est une bombe. Marchant sur la voie de "Détroit" de Katheryn Bigelow plus que celle de "Blackkklansman", le film de Nate Parker est un brûlot pas toujours subtil, mais qui dégage une tension incroyable et parvient à saisir une urgence et une violence inhérente à la population noire américaine.

Le film est très très bien écrit, très bien monté, très pertinent, peut-être trop efficace pour laisser au spectateur le temps de respirer, de réfléchir, de se poser. C’est un film de l’urgence. Un film qui fait très bien ce qu’il s’est promis de faire, donner de la voix, taper du poing sur la table, dire stop. C’est un film sur la communauté noire, sur la cause noire et sur la violence faite à ces populations. Mais c’est aussi un film, qui le temps d’une réplique, d’une tirade, montre une cohésion des luttes. Car ce ne sont pas seulement les noirs qui sont persécutés par le monde des capitalistes blancs, ce sont toutes les minorités, les femmes, les Portoricains, tous ceux qui sont plus pauvres et plus faibles. Et chacune de ces tirades est dite par un représentant de cette communauté.

Après "The Birth of a Nation", Nate Parker a l’intelligence et le talent d’avoir su incarner un film extrêmement didactique. Il a aussi l’intelligence d’avoir créé une distance entre l’audience et son personnage. En effet, le point d’entrée du spectateur dans le film n’est pas directement Lincoln Jefferson, mais Jayden, un jeune réalisateur qui fait son film de fin d’étude sur lui. Outre le fait que le spectateur se retrouve ainsi dans la peau de quelqu’un qui est plus proche de lui, l’idée du documentaire et du film dans le film augmentent l’effet de réel.

D’une force incroyable, ce film retourne l’estomac et laisse sur le carreau. La fin est grandiose et donne un autre éclairage, violent, sur la réalité du monde contemporain. À voir absolument. Et à revoir ensuite, avec un recul impossible à avoir à la première vision.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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