Parce qu'on en a jamais assez !

AMERICAN ASSASSIN

Un film de Michael Cuesta

On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs !

Depuis que sa fiancée a fait partie des victimes d’un massacre perpétré sur une plage d’Ibiza par une équipe de djihadistes, Mitch Rapp ne vit que pour se venger. Le jour où il pense enfin y parvenir, il est devancé par le contre-espionnage américain qui lui propose de faire partie de leur équipe d’élite. Le voilà désormais soumis au rude entraînement du légendaire formateur de la CIA Stan Hurley et préparé pour une mission extrêmement dangereuse…

Ce sous-titre est un indice pour les cinéphages déviants, habitués à trouver de si magnifiques perles d’écriture dans des actionners bourrins et irresponsables en provenance des glorieuses 80’s, qui sentaient bon la clope dégueu, le hamburger bien gras, le patriotisme outrancier et la morale réactionnaire. Des nanars de Chuck Norris (tendance "Delta Force") jusqu’aux DTV de Dolph Lundgren, les exemples sont légion. On ne sait pas trop pourquoi, mais un nouveau spécimen du genre vient de trouver le chemin des salles avec le génial Michael Keaton à son bord. Une anomalie ? Difficile à dire. Toujours est-il qu’à une époque où Jason Bourne a donné le « la » du thriller d’espionnage en lançant les codes du genre dans une guerre technologique contre des institutions adeptes du complot international, le nouveau film de Michael Cuesta (dont on oublierait presque qu’il a réalisé le très beau "L.I.E") prend acte de l’arrivée de Donald Trump au pouvoir et fait machine arrière. Et il n’y a pas de quoi s’en réjouir…

Sur une trame narrative d’une originalité à s’en péter les maxillaires (un jeune espion doit zigouiller de vilains terroristes), les scénaristes de cette purge ont tissé un fil psychologique des plus bizarres pour leurs personnages. Passe encore que Michael Keaton ait choisi de cachetonner comme un sagouin en attendant un gros chèque. Mais pour ce parangon d’inexpressivité qu’est Dylan O’Brien, c’est dire si les limites du n’importe quoi sont franchies. De l’amoureux niaiseux introduit en début de film, le type se mue fissa en exécuteur tête (brûlée) à claques qui assimile sa mission à un jeu vidéo (plus on tue de gens barbus, mieux c’est), qui contredit chaque ordre donné au risque de mettre en péril ses collègues (pas bien grave, vu qu’ils lui font la gueule et qu’ils le jalousent sans qu’on sache pourquoi), qui opte pour la méthode forte au moindre soupçon (qu’importe les preuves, mieux vaut torturer un supposé traître pour le faire parler si on a un doute !) et qui se soumet sans rechigner à une idéologie patriote tendance facho où l’assassinat d’un adversaire politique passe pour un acte de bravoure. Dans la catégorie des « héros » violents aux méthodes expéditives, Chuck Norris et le Jack Bauer de "24 heures chrono" n’auraient sans doute pas pu faire mieux.

Si encore tout cet étalage de bêtise facho-réac était tellement outré au point de flirter avec la parodie, le plaisir aurait pu être total. Mais non : "American Assassin" se veut un film sérieux, au premier degré tellement contrôlé qu’il ne peut même pas en inverser malgré lui sa propre logique. On en vient même à se tourner les pouces devant chaque scène d’action, cadrée n’importe comment quand elle n’est pas sabordée par des trucages numériques aux allures de bouillabaisse digitale – l’explosion finale en est un bel exemple. Que dire de plus ? Que c’est bourré de violence gratuite qui ne sert pas la narration, que c’est aussi digeste qu’un hot-dog de l’avant-veille froid et plié dans un Tupperware, qu’à la fin tous les méchants sont zigouillés (ou alors ils vont l’être) et que, surtout, les agents de la terre de la liberté ont réussi à sauver le monde. Il ne manquerait plus que le message de propagande qui va avec, et la coupe serait pleine. Par chance, celui-là, on l’aura évité. Ouf.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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