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ALPS

Une sublime idée... et c'est à peu près tout

Une jeune gymnaste se fait menacer par son entraîneur, car il ne la croit pas prête pour danser sur de la pop music. Une fille de 16 ans victime d'un accident de la route est observée par une étrange infirmière. Un médecin est le trait d'union entre ces personnes. Lui se fait appeler Mont Blanc. Et son groupe forme les « Alps »...

Le metteur en scène de l'étonnant et torturé « Canine », remarqué à Cannes où il obtint le prix Un certain regard, revient sur le devant de la scène, avec un film mystérieux intitulé « Alps ». Une œuvre perturbante, une fois de plus fourmillante d'idées, et dont le pitch avait de quoi faire saliver. Car Alps est en fait le nom d'un groupe de quatre personnes qui se font appeler par un nom de sommet alpin (et sont donc logiquement sous la coupe d'un certain Mont Blanc !). Ce groupe loue ses services aux gens ayant récemment perdu un proche, pour le remplacer pendant quelques temps, afin de les aider dans le deuil. Histoire d'introduire ce service original et chacun des personnages, le réalisateur nous fait assister, effarés, à des scènes intimes, comme de mini-pièces de théâtre, mal interprétées, car aucun des membres de la troupe n'est censé être acteur professionnel. Ils ont en effet tous leur propre profession (gymnaste, entraîneur, infirmière, médecin...).

Rendant ces interventions auprès de gens en détresse ou affaiblie (voir la veuve aveugle...) à la fois risibles et inquiétantes, Yorgos Lanthimos confirme qu'il est un scénariste hors pair. Il est d'ailleurs reparti du Festival de Venise 2011 avec le Prix du meilleur scénario. Et il a même poussé le vice jusqu'à développer son idée bien au-delà du script, jusque dans le dossier de presse. Cet alléchant dépliant contient en effet les « 15 règles des Alps », sorte de règlement absurde, ainsi qu'une chanson ou poème fondateur : « Don't weep, don't cry, Don't be sad, Don't be sad, Wave sadness goodbye, Say hello to joy, Cause we are here by your side, We are the ALPS... ». Malheureusement, derrière les bonnes intentions du groupe, il y a les motivations personnelles, et l'infirmière, ayant besoin d'argent, va indiquer au groupe que sa collégienne blessée va mieux... ceci pour se faire engager de son côté. Une transgression des règles du groupe, qui signera le début de la fin.

Lanthimos touche ici à l'intime, au deuil et à la mort, devenus une marchandise comme une autre. Installant ainsi un malaise dès que le spectateur aura compris les ressorts de l'action du groupe, il renforce encore celui-ci avec les macabres scènes de recherche de potentiels clients en hôpital. Ainsi, l'infirmière a dû faire semblant de devenir l'amie d'une jeune tennisman aux portes de la mort, de manière à pouvoir proposer ses services aux parents (elle ira jusqu'à lui mettre une raquette entre les mains, et lui lancer des balles, alors que celle-ci, épuisée, n'a plus la force de lutter). Cynique et sans aucune limite, le scénario interroge sur la décence, la marchandisation du monde, le besoin d'un travail à tout prix, l'essence de la générosité et la violence latente chez les dirigeants. Même si le film sera loin de faire l'unanimité, l'auteur prouve, un an après « Attenberg », que le cinéma grec a décidément le vent en poupe.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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