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AGUA FRIA

Douche froide

Alors qu’ils rejoignent leur hôtel de villégiature sur la côte Pacifique du Costa Rica, Rodrigo et Mariana se heurtent, au milieu de la nuit, à une fillette endormie dans l’herbe. A l’aube, l’étrange petite fille a disparu et le couple plonge dans un inexplicable marasme…

« Agua fría » débute sur un mystère : celui de cette fillette endormie, disparaissant avec la nuit comme un spectre. Environ une heure et vingt minutes plus tard, le film se clôt sur un autre mystère : la petite fille a été retrouvée mais est restée muette. Mariana rentre à l’hôtel, qu’elle a quitté sans prévenir, et s’abandonne sur le lit, tandis que la fête du Nouvel An bat son plein à l’extérieur. Que s’est-il passé entre temps ? Pas grand-chose. Avec son mari, ils sont arrivés à l’hôtel, se sont installés, n’ont rien fait. Leurs amis sont arrivés par la suite, et ils ont passé un moment autour de la piscine à ne parler de rien. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les événements de « Agua fría » sont des non-événements, ce que la réalisatrice résume parfaitement en décrivant l’ambiance de son film : « l’atmosphère de menace qui s’instaure confronte la plupart des personnages à la possibilité d’une tragédie. Pour finir, il n’arrive rien, et c’est là, peut-être, l’unique tragédie ». Tragédie pour les personnages ou pour le spectateur ?

« Agua fría » est un premier film, celui d’une jeune cinéaste costaricienne. Un premier film qui possède d’indéniables qualités de mise en scène et de cadrage (merveilleux plans d’ensemble des paysages locaux : on signe immédiatement pour un séjour dans les parages), mais qui pêche par manque de rythme, de sens, et d’objet. Bref, un cruel manque d’âme. Il ne nous semble pas que cette carence fondamentale provienne de l’environnement, car le Costa Rica, pays qui attire peu l’attention du reste du monde, possède ses propres récits et son propre cheminement historique. Le problème n’est pas à chercher là. Le problème semble résulter de la trajectoire que la jeune réalisatrice souhaite donner à ses protagonistes, trajectoire qui aboutit, invariablement, à sa propre inexistence chronique : Mariana comme Rodrigo déambulent sans but et peinent à communiquer, comme s’ils n’étaient pas tout à fait vivants. Ni d’ailleurs tout à fait morts. Lors d’une scène étrange, Rodrigo demande à sa femme pourquoi elle broie du noir et pleure à chaudes larmes, mais elle s’avère incapable de s’expliquer. Rien ne va mal, pour la jeunesse costaricienne ; et tout va mal, en même temps.

C’est l’ensemble du film qui semble en suspension, comme s’il se balançait loin au-dessus de tout. Impossible, pour cette raison, de toucher autrui. Paz Fábrega a voulu raconter une histoire qui lui tenait à cœur – celle de la sclérose impénétrable de la jeunesse locale – mais paraît avoir oublié que tout voyage dans le train cinématographique a tout de même besoin d’embarquer quelques passagers.

Eric NuevoEnvoyer un message au rédacteur

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