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A VERY ENGLISHMAN

Difficile de savoir être père

Paul Raymond, figure légendaire des nuits londoniennes et roi de l'érotisme Outre-Manche, riche à millions, terrassé par la mort soudaine de sa fille, se remémore les principaux souvenirs qui relient leurs deux vies, si différentes...

Pour ceux qui ne connaîtraient pas le personnage central de ce biopic signé du prolifique Michael Winterbottom ("Jude", "24 Hour Party People" et le récent "Trishna"), Paul Raymond était l'une des figures de la nuit londonienne. Décédé en 2008, il fut l'un des premiers à avoir monté dans la capitale Britannique, à la fin des années 50, des spectacles de cabaret érotiques ou « revues », avant de tenter l'aventure dans l'édition de magasines pour hommes. Il fut l'une des plus grandes fortunes de Grande Bretagne, amassant des propriétés immobilières dans le but notamment d'assurer un avenir décent, dans tous les sens du terme, à sa fille.

C'est d'ailleurs à cette promesse faite à celle qui était alors encore petite et innocente que le réalisateur consacre l'un des premiers flash-back du film. Portrait d'un homme aussi obsédé par la réussite, les challenges et la provocation, qu'avare en contact humain, "A Very Englishman" se construit en une série de souvenirs composant une élégante et touchante mosaïque, dans laquelle se mêlent humour so british et drames intimes.

Après d'amusantes évocations de ses débuts, en noir et blanc, avec le « cirque nu de Paris », où de jeunes femmes posaient dans une cage aux côté d'un lion pas si calme, Winterbottom revient à la couleur, décrivant dans le détail le caractère de coureur de jupons de son héros, ses arrangements en mariage, et son sens aigu des affaires. Le ton de la comédie domine ainsi dans une bonne partie du métrage, l'homme ne manquant pas de bons mots, servis ici par un Steve Coogan au détachement fort à propos.

Si jamais il ne remet en cause son amour profond pour sa fille, il met en évidence son incapacité à communiquer la moindre réelle affection. Et c'est là que Winterbottom fait imperceptiblement basculer son récit dans le drame, en construisant la deuxième partie du film sur un parallèle implacable : celui de l’ascension fulgurante et de l'ambition sans limite d'un homme, face à la décadence de sa fille, pourtant rayonnante et dotée elle aussi d'un don certain, celui du chant.

Dévoilant les maladresses d'un père, son incapacité à s'extraire de la représentation et donc à être proche des siens, montrant son caractère pressé de businessman, "A Very Englishman" finit par bouleverser. Une scène en particulier met en évidence toute la terrible inconsistance de cet homme, lorsqu'il reçoit un fils illégitime venu lui rendre timidement visite, et lui montrant des photos de lui enfant, et qu'il le reconduit simplement, comme un quelconque client, anonyme, après l'avoir un instant écouté d'une oreille. Un biopic aussi original que troublant, qui pour une fois n'épargne en rien son « héros », et s'avoue du coup terriblement efficace, dans les deux registres de la comédie comme du drame.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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