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À TOUTE ÉPREUVE

Un film de Antoine Blossier

Mention assez bien

Pour Greg, et son ami Yani, la fin de l’année s’annonce mal : il doit passer son bac et ses résultats scolaires sont désastreux. Son rêve est d’accompagner la belle Maeva à une université d’arts à Londres, mais pour cela, il lui faut la mention « très bien ». Il imagine alors la solution impossible : voler les sujets du bac. Le voilà donc qui recrute une équipe de professionnels pour réussir son coup…

Le générique de début, construit à partir de cases de comics qui évoquent le contenu du scénario sous un angle décalé, ne laisse planer aucun doute sur ce que va être le film : loin d’une vision réaliste de la jeunesse lycéenne ou d’un foutoir burlesque centré sur les problèmes personnels des ados (à la manière des "Beaux gosses" de Riad Sattouf, par exemple), le nouveau film d’Antoine Blossier, à qui l’on devait déjà le sympathique film d’horreur "La Traque", joue la carte de la comédie à la fois très branchée et classiquement populaire. Plus clairement, c’est un peu comme si la génération YouTube se fritait à celles des "Sous-doués", et ce au cœur d’une intrigue que n’aurait pas renié le Club des Cinq. Les ingrédients sont donc bien là : des personnages hauts en couleur, des gags qui s’incrustent autant dans les dialogues que dans chaque coin du décor, un fil narratif tout ce qu’il y a de plus simple et une indéniable énergie dans la mise en scène.

C’est ce dernier point qui, en fin de compte, constituera la principale bouée de sauvetage du projet : une fois de plus, Blossier prouve qu’il connait très bien son boulot, sait installer un vrai rythme, arrive à styliser chacun de ces cadres (on sent vraiment l’influence d’un découpage de bande dessinée) et réussit même à dynamiser les échanges par un montage nourri à une dose tout à fait modérée de Red Bull. Sur le reste du film, les choses se gâtent : les personnages s’enferment dans un schéma stéréotypé qui ne les fait jamais évoluer (ou alors dans un sens ultra-prévisible), les gags sont parfois du niveau CP (quand ils ne donnent pas l’impression d’avoir été déjà vus ailleurs) et le scénario tend à faire passer l’élaboration du braquage au second plan, toujours dans l’idée (lassante) de privilégier les enjeux consensuels sur la famille, la maturité, l’amour, la poursuite des chimères, etc…

Inutile d’attendre une comédie punchy et potentiellement incorrecte sur le fond, car tout ceci reste beaucoup trop sage. Et sur le terrain de l’humour, on en vient même à regretter "Les Sous-doués" : aussi lourd et pauvre soit-il, le film de Claude Zidi enfilait les gags à une vitesse supersonique, qui plus est en osant des idées toujours plus délirantes dans les différentes façons de tricher au bac. Ici, il faudra donc se rabattre sur le personnage délirant de Scarface, cancre délinquant joué par le rappeur La Fouine qui passe ici son brevet d’acteur de cinéma avec une sacrée pêche comique. Rien que pour lui et l’énergie dont Antoine Blossier fait ici preuve dans la mise en scène, "À toute épreuve" mérite le coup d’œil.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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