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A L'ORIGINE

Un film de Xavier Giannoli

Quand tout le monde veut y croire...

A sa sortie de prison, un homme est recueilli par un ami receleur. Ne trouvant pas de boulot, après avoir roulé son ami trafiquant, il se fait passer pour le représentant d'une entreprise de BTP, imitant de faux bons de commande, lui permettant de détourner du matériel, qu'il revend à son profit. Mais alors qu'il s'attaque à une région au Nord de Paris, la gérante de l'hôtel où il réside lui indique que deux hommes l'attendent à la réception...

ATTENTION:
le film sort le 11 novembre dans une version remontée et plus courte (2h10), contenant cependant des scènes supplémentaires par rapport à la version cannoise critiquée ici...

C'est bien connu: plus le mensonge est gros, plus on a de chance de vous croire. Partant d'un fait divers, Xavier Giannoli (« Les corps impatients », « Quand j'étais chanteur ») tisse avec minutie une passionnante plongée dans les affres de la mythomanie. Car il est de ces mensonges, lorsque toute une vie n'est faite que de vent, qui finissent par vous impliquer. L'important est de « faire quelque chose de sa vie » semble nous dire l'auteur, qui jamais ne juge ni ne magnifie son personnage principal.

Fresque incroyable de près de 2h30, « A l'origine » ne s'intéresse nullement aux motivations de l'homme par qui tout a commencé, et que tout le monde, dans une région à 25% de taux de chômage, voudrait croire. Autour de lui, les espoirs fleurissent, et malgré son aspect fuyant lorsqu'il s'agit de parler factures, pots de vins, salaires, chacun y trouve son compte, sa part de rêve d'une vie meilleure. N'espérez pas une quelconque explication, Giannoli n'en a pas. Et c'est là toute la forte troublante de son film, avec un anti-héros navigant entre pur arrivisme, apparente implication vis à vis des bonnes volontés qu'il arnaque, peur panique d'être découvert, et incapacité à revenir en arrière.

Ce fragile équilibre sous tend l'intégralité d'un film dont le suspense (jusqu'où va-t-il aller ? Pourquoi aucune autorité, association ou entreprise ne s'est aperçue de rien ?), se soucie malheureusement bien peu d'un quelconque réalisme en terme de chantier de travaux publics. Pourtant, si le dénouement est prévisible, les chemins qui y mènent sont tellement sinueux qu'ils valent le détour. D'autant que François Cluzet, sombre et lumineux à la fois, y apprend avec difficultés à lâcher prise. Un film tout simplement envoûtant.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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