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8 JOURS ET 8 NUITS A CANCUN

Un film de Rick De Oliveira

It's chaud time

Chaque année durant les vacances du printemps, le spring break(l'équivalent de nos vacances de pâques), les jeunes étudiants américains partent faire la fête pendant une semaine dans le pays voisin, où les excès semblent tolérés, voire encouragés. Au cours de cette période, une émission de télé-réalité va suivre une dizaine de ces étudiants dans leurs pérégrinations alcooliques, festives et sexuelles. Une occasion pour le spectateur d'effacer trois années de réality-show pas si chaud que ça...

Ce film, qui se présente de manière très maligne comme un documentaire, n'est en fait qu'une émission de télé-réalité remontée en accéléré, afin de donner les meilleurs moments de ce lâchage collectif. Car au-delà du concept, c'est bel et bien le sujet qui surprend et attire les pauvres voyeurs que nous sommes. De voir ces jeunes américains se comporter en véritable fous furieux, du moins à leurs yeux, amuse et inquiète. Car même si ce déballage de soirées, de drague et d'alcool peut choquer dans un premier temps, l'accumulation laisse alors entrevoir dans quel carcan rigide ils se trouvent engoncés le reste de l'année chez eux, engoncés dans des valeurs puritaines pleines d'hypocrisies et de sous-entendus.

Faire la fête à 20 ans n'a rien d'exceptionnel en Europe, mais leur rapport au sexe est pour le moins étrange. L'idée maîtresse, qui ne transparaît qu'à travers la télévision et les films, est qu'une fille ne peut donner que des rapports superficiels et tronqués dès le départ, où le sexe, enjeu suprême, est débarrassé de tous sentiments. Il est vrai que ce docu-film a été réalisé pour un public d'étudiants en partie, et non pas pour une auto critique globale de la jeunesse américaine, et donc, son montage, ses choix, faussent la réalité ( un comble pour ce type de film !!), et ne permettent pas de se faire une idée précise du réel comportement des jeunes.

Par contre ce qui frappe d'entrée, c'est le cadre idyllique dans lequel sont plongés pendant une semaine tous ces jeunes. Un hôtel aux couleurs éclatantes et à l'architecture ouverte, dans lequel nos amis vont et viennent comme bon leur semble. La liberté de mouvement facilite alors leur rencontre et leur ébats cachés du regard des autres. Bien sur le casting fait autant penser à une publicité pour une marque de maillot de bain, qu'à un vrai échantillon d'étudiants américains. Mais ces jeunes adultes semblent bien assez sincères dans leurs doutes et leurs envies pour laisser se fissurer leur carapace, leur confiance naturelle.

Le style de réalisation, est quant à lui très tonique avec des effets de caméra un peu dans tous les sens et une musique qui apporte une touche sympathique et nécessaire. D'ailleurs, le pape du rap américain vient même y faire une petite apparition lors d'un concert privé fait pour les étudiants américains de passage. Un exemple de plus, prouvant le montage et le coté très préprogrammé de ce reportage. Mais cela reste quand même suffisamment édifiant pour que l'on en ressorte amusé et inquiet, par cette jeunesse qui n'entrevoit de se faire plaisir que dans certains moments, et malheureusement bien au-delà des valeurs morales prônées par leur pays.

La différence culturelle est d'ailleurs d'autant plus frappante pour nous Européens, qui malgré une tenue peut-être moins correcte en temps normale, n'abusons pas des vacances pour se lâcher de cette manière. Un bon reportage, intéressant aussi bien par le côté documentaire de la chose, mais aussi par ce côté voyeur parfaitement assumé, comme si le fait de filmer en dehors de leur pays avaient permis aux deux réalisateurs de sortir de concepts politiquement corrects dans lesquels baignent le cinéma et la télévision américaine bien trop souvent.

Guillaume BannierEnvoyer un message au rédacteur

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