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30° COULEUR

Un tourbillon irrésistible et touchant

Patrick est devenu un historien, aussi hyperactif que médiatisé. Recevant un coup de fil lui annonçant que sa mère, sur le point de mourir, souhaite le voir, il se rend en Martinique. Là-bas, il est fraîchement reçu par ses deux sœurs, à qui il donnait très rarement des nouvelles...

Comme si vivre en Métropole depuis sa plus tendre enfance faisait que le personnage de ce film avait été passé en machine, l'ayant en quelque sorte délavé, faisant de lui « un blanc » carriériste et égoïste. En effet, l'introduction est claire : Patrick est un homme qui a réussi, un brillant orateur, qui dans le tourbillon de son activité incessante, prête bien peu d'attention à sa fille et a clairement perdu contact avec sa famille, restée en Martinique. Le coup de fil de sa sœur, lui annonçant la mort prochaine de sa mère sera donc le point de départ d'un retour aux sources, comme si celle-ci avait pressé le bouton marche d'une machine à laver laissée trop longtemps à l'arrêt, réveillant ainsi l'être humain sous la montagne de sérieux .

Cette parabole du programme de lavage, reprise dans le titre même du film, sied comme un gant au scénario écrit à deux mains par les réalisateurs. Un déchainement de couleurs et de bruit attend le personnage, amplifié encore par l'insouciance qui règne sur les lieux en temps de Carnaval. Séquencée en quatre temps, du dimanche gras au mercredi des cendres, cette histoire nous entraîne dans un tourbillon incessant, irrationnel et chaleureux, image d'une culture antillaise réjouissante et solidaire, espoir d'une famille recomposée qui sait taire ses différences et respecter les aspirations de chacun.

Edouard Montoute, qui interprète ici un ami d'enfance de Patrick, est étonnant de bout en bout, arborant une folie apparente, qui ne fait que masquer les problèmes d'un homme presque comme les autres. Car s'il a besoin de se défouler, d'oublier ses soucis une fois l'an, comme le veut la tradition du carnaval, il sait avant tout où sont ses priorités et n'en oublie nullement les siens. Avec l'ensemble du casting de « 30° couleur », il compose ce joli conte humaniste dans lequel les superstitions étonnent mais permettent le deuil, le trop de sérieux tue la spontanéité et où la chaleur et les souvenirs les plus doux sont parfois d'une douleur intense. Un film qui touche autant qu'il donne le sourire.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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