INTERVIEW

SILS MARIA

Olivier Assayas

A l’occasion de la sortie de son dernier film, Olivier Assayas s’est prêté avec plaisir au jeu des questions/réponses avec la presse lyonnaise. Compte rendu des échanges :

Les origines du projet

C’est Juliette Binoche qui a émis l’idée de refaire un film avec Olivi…

© Les Films du Losange

A l’occasion de la sortie de son dernier film, Olivier Assayas s’est prêté avec plaisir au jeu des questions/réponses avec la presse lyonnaise. Compte rendu des échanges :

Les origines du projet

C’est Juliette Binoche qui a émis l’idée de refaire un film avec Olivier Assayas vingt ans après leur première collaboration autour du film d’André Téchiné, « Rendez-vous ». Ils n’ont entre temps tourné qu’une fois ensemble, sur « L’Heure d’été », un film de groupe. Il y avait un sentiment d’inachevé pour eux puisqu’ils ont démarré ensemble et ne se sont jamais vraiment perdus de vue.

Olivier Assayas avait le sentiment de pouvoir partir de Juliette Binoche pour créer un personnage de fiction. Et l’actrice fait partie de ces comédiennes qui vont chercher la matière humaine de ses personnages en elle-même tout comme Maria qui doit faire le cheminement intérieur pour interpréter un personnage.

Le paysage de Sils Maria et la construction du film

Le serpent nuageux de Maloja représente pour le réalisateur le temps qui s’écoule de manière menaçante et le paysage de Sils Maria est habité par des passions troubles et romanesques (Arnold Fanck, Leni Riefenstahl) renvoyant aussi à des parties sombres de l’Histoire.

Le scénario était découpé en chapitre et à l’écran il est possible d’identifier ces chapitres à travers les fondus au noir largement utilisés dans le film. Le réalisateur se plait à laisser l’histoire respirer à travers des ellipses laissant au spectateur le loisir d’imaginer ce qui a pu s’y passer. Finalement, le film a été monté en trois grands actes : l’annonce de la mort de Wilhem Melchior à Zurich, la répétition à Sils Maria et un épilogue à Londres autour de la création de la pièce de théâtre.

Kristen Stewart/Juliette Binoche, la "confrontation"

Le réalisateur espère que son film possède une dimension romanesque par laquelle sont convoqués les thèmes de la représentation, le théâtre, la création et une dimension documentaire où l’on n’oublie jamais que les personnages sont aussi les acteurs. D’une certaine façon, ce que nous savons d’elles à travers tous les canaux médiatiques, joue un rôle et résonne à l’intérieur du film.

Mais à la base, Kristen représente pour Olivier Assayas l’incarnation idéale du personnage de Valentine. Il avait besoin que Juliette Binoche soit confronté à une actrice qui représente une force, y compris menaçante, et non à une jeune comédienne en totale admiration. Kristen Stewart est une jeune femme qui est au summum de sa notoriété et incarne une forme de pouvoir et de dureté.

Olivier Assayas trouvait qu’elle avait quelque chose en elle que le cinéma n’avait pas encore saisi et il la trouve très courageuse de s’être aventurée sur un projet pareil et de vouloir se frotter à une actrice telle que Juliette Binoche sur un film européen.

À l’inverse, Juliette Binoche savait à peu près qui était Kristen Stewart et était très contente de savoir que c’était une actrice de renommée. Mais elle ne s’attendait certainement pas à avoir en face d’elle quelqu’un d’aussi fort car quand on lit le scénario qui est très épuré, comme une pièce de théâtre, on ne s’attend pas à une telle confrontation, puisque tout le monde est en admiration envers son personnage.

Kristen Stewart/Juliette Binoche, l’évolution de la relation des deux protagonistes

Les nuances de la relation entre les Valentine et Maria se sont vraiment construites pendant le tournage et n’étaient pas évoquées dans le scénario. Par ailleurs, le film a quasiment été tourné dans l’ordre chronologique, hormis pour les scènes de montagne qui ont été filmées en fin de tournage.

Elles ont donc vraiment appris à se connaître et, jour après jour, le réalisateur sentait qu’elles prenaient de la liberté sur leur jeu, qu’elles réinventaient les scènes et les tordaient d’une façon qu’il n’avait pas réellement anticipée. Par exemple, la séquence de l’hôtel, après la rencontre avec Jo-Ann, n’était pas du tout écrite sur une relation de complicité et de fous rires entre les personnages, mais plutôt sur un dialogue un peu ironique et distant sachant que le lendemain serait la dernière dispute entre elles, préparant la séparation. Mais à la vision de ce jeu et de cette fantaisie entre les deux actrices, Olivier Assayas a fini par se dire que justement, c’est parce qu’elles sont arrivées au bout de quelque chose que cette ultime dispute va prendre son sens.

Au final, bien qu’il ait pensé « Sils Maria » à la base comme un film simple avec une construction simple, l’auteur a été surpris par la façon dont les choses se sont construites dans l’écriture puis dépassé par la manière dont elles ont pris corps. Le film a finalement bénéficié de plus d’autonomie et d’épaisseur que ce qu’il avait imaginé.

Alexandre Romanazzi Envoyer un message au rédacteur

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