TAKE THIS WALTZ

Un film de Sarah Polley

Transition entre couples

Margot est heureuse en ménage. Elle vit avec Lou, un célèbre auteur de livres de cuisine, à la fois attentionné et drôle. Alors qu’elle se rend à Louisbourg pour un reportage, elle fait la connaissance de Daniel. S’apercevant que celui-ci vient de s’installer près de chez eux, elle accepte de passer quelques moments avec lui…

Sortie en DVD et Blu-ray le 15 mai 2013

Sarah Polley a fait le déplacement jusqu'à San Sebastian, au Pays basque espagnol, pour présenter son second film en tant que réalisatrice, après le magistral « Loin d'elle » avec Julie Christie. Avec « Take this waltz » elle signe une comédie dramatique sur le couple, la tentation de l'adultère, les petites choses qui font la complicité de tous les jours, l'usure et l'insatiable mal des temps modernes : le besoin de remplir tout vide, dès qu'il apparaît. Symptôme de nos vies occidentales contemporaines, ce vide existentiel qui fait souvent que les relations ne durent qu'un temps, est selon la réalisatrice le nœud de son histoire, le moteur même de son personnage principal. Interprétée par Michelle Williams, entre fragilité, dépendance affective et irrépressible désir d'envol, Margot est une jeune femme qui vit à Toronto, avec son mari, et découvre à quelques maisons de là, un voisin aussi séduisant qu'amusant, et donc potentiellement dangereux pour son union.

De leur rencontre et leur jeu de séduction la réalisatrice fera le cœur des trois quarts de son film, contant les élans réprimés, les frustrations, évoquant au passage, même si elle s'en défend, « Quand Harry rencontre Sally » (lors d'une scène au restaurant, où une scène de sexe est décrite oralement dans le moindre détail, jusqu'à l'étourdissement des deux protagonistes) ou « Elle et lui ». Romantique, son scénario l'est sans contestation possible. Mais il semble aussi profondément désabusé. J'en veux pour preuve la scène charnière du film, caméra tournoyante autour du point central d'un loft, qui laisse entrevoir en quelques flashs toutes les étapes de la vie d'un couple, de la première approche jusqu'à la routine, désespérante de banalité. Sur fond musical de la chanson titre, signé Leonard Cohen, la réalisatrice résume là en quelques images cette peur du vide qui revient progressivement.

Mais « Take this waltz » est avant tout une comédie. Et Sarah Polley sait comme personne capter la chaleur d'un intérieur, d'un foyer. Le plan sur les pieds nus de Michelle Williams préparant des muffins dans sa cuisine, ouvre et boucle ainsi le film de manière rassurante. Les détails qui font la complicité des couples, gamineries parfaitement assumées, jeux idiots qui sont autant de preuves d'affection, font l'essence du cinéma intimiste que nous concocte cette talentueuse directrice d'acteurs. Des moyens de tuer l'autre pour lui prouver à quel point on l'aime, à leurs manières de se parler la bouche littéralement dans l’œil, en passant par l'usage d'un trombone sur lequel les amants soufflent sans relâche, elle sait capter ces moments de vie, artifices forcément voués eux aussi à une usure certaine.

Comme elle l'illustre bien lors d'une discussion de vestiaire entre filles, juste après une hilarante scène de gymnastique aquatique, nous voulons tous de la nouveauté dans nos vies. Mais la nouveauté vieillit elle aussi. Sur un ton doux-amer, « Take this waltz » nous invite donc à réfléchir sur l'importance de nos choix, mais aussi à l'impérieuse nécessité de se découvrir soi-même pour mieux peser sur ces derniers. Aussi douée pour donner vie à des êtres humains que pour composer des plans somptueux et marier cinéma et choix musicaux, la jeune Sarah Polley devrait continuer à nous faire rêver et vivre avec ses personnages, tout en sachant qu'à tout moment le manège peut s'arrêter, que la joyeuse vitesse peut retomber et que les couleurs enchanteresses peuvent s'estomper brusquement. Mais cela, c'est juste la vie.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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