AGATHE CLÉRY

Un film de Étienne Chatiliez
 

POUR : Une fable inattendue, partiellement chantée et dansée

Agathe est la femme moderne à qui tout réussit: directrice du marketing dans une entreprise de produits cosmétiques, physique avantageux, entourage aimant et attentionné. Son seul défaut? Elle est raciste. Mais puisqu’elle se garde bien de côtoyer des étrangers, cela ne représente pas un vrai problème, si ce n’est qu’elle n’est appréciée par aucun de ses collègues. Le jour où elle apprend qu’elle est atteinte de la maladie d’Addison, dont l’un des effets est la pigmentation de la peau en noir, sa vie idyllique bascule…

Un film d'Etienne Chatiliez est toujours un événement. Après ses terriblement acides et drôles « La vie est long fleuve tranquille », « Tatie Danielle », « Le bonheur est dans le pré », « Tanguy », il s'était malheureusement égaré avec « La confiance règne », préférant charger à l'excès ses personnages, qui ne pouvaient fonctionner nullement à l'apathie. Le revoici sur la route du renouveau avec « Agathe Cléry », film à part, puisqu'il s'agit en partie d'une comédie musicale, mais qui est l'occasion pour lui de s'attaquer au monde du travail presque plus qu'au simple racisme ambiant.

L'idée était originale et prometteuse, et l'on reconnaît bien la patte de Chatiliez dans quelques situations de malaise ou quelques dialogues salés, qui dans la bouche d'une Valérie Lemercier, en pleine forme, sont d'autant plus odieux. Alors bien sûr la scénario ne va pas très loin quant au sujet de base, le racisme, mais le décalage, s'il use de clichés, est assez savoureux, dans les rapports avec des clients auxquels elle doit vendre des soins « peau claire », ou dans la rencontre avec un patron black (Anthony Kavanagh, charmeur en diable) qui refuse d'employer des blancs.

Chatiliez fait délicieusement souffrir le martyr à son personnage principal, dont la transformation physique surprend à chaque fois, d'autant plus qu'elle est totalement irréaliste (Kennedy souffrait de la même maladie, qui ne rend bien évidemment pas noir ébène !). Gros bémol cependant, la pauvreté des chanson, sensées faire avancer l'intrigue, et qui dieu merci s'effacent progressivement lorsque l'on entre dans la partie la plus dramatique. L'entrée en matière, avec l'arrivée du père fondateur de l'entreprise (Jean Rochefort, monolithique) et de ses deux fils, l'impressionnante chorégraphie gare du nord, sont vite oubliées au profit de numéros mineurs, agaçants, même lorsqu'ils évoquent les anciennes pubs Eram du réalisateur.

Heureusement, ce sont finalement les quelques passages dansés qui sauve la forme. Ainsi l'on se régale et on admire la technique de Valérie Lemercier, qui imite un Michael Jackson caméléon dans sa salle de bain, séduit Kavanagh à coup de flamenco ou se déchaine sur une piste de danse, avec talons hauts s'il vous plait ! Elle est le coeur irréel de ce film irréaliste, qui fera sourire certains, et rires un peu jaune d'autres. Chatiliez revient de loin et l'on attend impatiemment la suite.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

Mais pourquoi? Voilà la première chose qui vient à l’esprit (après l’envie de sortir en plein milieu du film). Etienne Chatiliez, entomologiste connu pour épingler nos plus vils comportements humains, s’est complètement perdu dans ce film. Le sujet de départ était déjà propice à controverse, mais pouvait devenir un véritable enjeu grâce à un traitement en finesse. Mais Etienne Chatiliez glisse dangereusement du côté opposé à celui où il semblait vouloir nous emmener initialement.

On assiste à un défilé de clichés sur la sexualité et la coiffure affros, en passant par la vérité absolue qui veut que les personnes noires ont naturellement le rythme dans la peau ! Et là, oh miracle, pour couronner le tout: les personnages chantent et dansent ! Comme si le scénario basé sur une femme blanche, raciste et atteinte de la maladie d’Addison n’était pas suffisamment «too much», on emprisonne le spectateur dans une angoisse permanente: vont-ils se remettre à chanter? C’est d’autant plus regrettable que c’est uniquement dans ces chorégraphies incongrues mais hautes en couleurs que l’on retrouve la «patte» de Chatiliez, faible hommage à son passé de réalisateur de publicités. Dans l’idée de la comédie musicale sur fond de maladie incurable, on est loin du talentueux «Jeanne et le Garçon formidable» d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau.

Où est donc passé le cynisme et l’irrévérence du réalisateur de « Tanguy » et « Tatie Danielle » ? La cruauté qui se cache en chacun de nous, que Chatiliez prenait plaisir à tourner en dérision avec une juste pointe de positivisme? Evidemment en changeant de couleur de peau Agathe Cléry subit des pertes en cascade: emploi, amis, conjoint…c’est déjà peu crédible mais la lourdeur de la forme engloutit l’intérêt du propos. Dernier regret, la prestation de Valérie Lemercier, excellente actrice au demeurant, qui ne parvient pas à sauver le personnage.

Camille ChignierEnvoyer un message au rédacteur

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