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INTERVIEW

AGATHE CLERY

Journaliste:
Le choix de la comédie musicale était-il nécessaire ?

Etienne Chatiliez:
Je ne l’ai pas envisagé autrement. Il s’agissait d’un sujet sérieux et le fait de l’envisager ainsi permettait de l’alléger.

Journaliste:
Vous avez utilisé certaines référence…

© Pathé Distribution

Journaliste:
Le choix de la comédie musicale était-il nécessaire ?

Etienne Chatiliez:
Je ne l'ai pas envisagé autrement. Il s'agissait d'un sujet sérieux et le fait de l'envisager ainsi permettait de l'alléger.

Journaliste:
Vous avez utilisé certaines références ?

Etienne Chatiliez:
Il y a une certaine naïveté dans la comédie musicale. Ce qui ne va pas complètement avec mon monde. Ici j'ai souhaité placer le récit dans un univers très réaliste, et cela apporte un rapport à la comédie musicale intéressant. Bien sûr, il y a eu des passages obligés, comme le duo ou la scène de masse... Mais toutes ont été écrites pour faire avancer l'histoire. Ca a été très compliqué à organiser et du coup un ou deux morceaux, prévus dans le scénario, ont sauté lors de la production, pour des problèmes de budget principalement.

Journaliste:
Comment avez-vous choisi les comédiens ?

Etienne Chatiliez:
Quand on écrit, on s'imagine un personnage idéal, aérien. Puis on commence à parler de la distribution. Valérie m'est rapidement venue à l'idée. Anthony, lui, est arrivé par le directeur de casting. On s'est apprécié réciproquement...

Anthony Kavanagh:
Trop même (rires)...

Journaliste:
Cinéma et scène sont réputés comme des milieux assez ouverts d'esprit. Est-ce que vous y avez été témoins de racisme ?

Anthony Kavanagh:
Combien de noirs y a-t-il dans le cinéma français ? Je crois que c'est ma seule réponse. Au cinéma, il y a beaucoup d'arabes. Ca a commencé avec Smaïn, puis un grand trou pendant dix ans...

Etienne Chatiliez:
Il y a trois ans, Roshdi Zem devait être le mari d'une grande comédienne française. Elle a dit « pas d'arabe ». Mon film ne dit rien de nouveau, sinon qu'on est tous un peu raciste de quelque chose: les petits, les gros... c'est dans la nature humaine.

Anthony Kavanagh:
J'étais contre la discrimination positive. Aujourd'hui, dix ans après, j'ai changé d'avis...

Etienne Chatiliez:
Les lois sont parfois nécessaires... comme mesures temporaires.

Journaliste:
C'est votre premier grand rôle au cinéma...

Anthony Kavanagh:
Oui. J'avais juste fait un caméo dans le film de Légitimus. Et puis les vois de « Madagascar 2 », qui sort le même jour...

Etienne Chatiliez:
C'est mail ! Un mec qui fout rien... décidément entre Valérie (elle est en spectacle au Palace à Paris jusqu'en janvier) et toi, côté timing...

Anthony Kavanagh:
En fait, quatre gros dessins-animés dont « Happy feet ». On veut de la voix, mais pas de la couleur. Il y a encore du chemin à faire.

Etienne Chatiliez:
On est à une époque qui ne parle de rien, sans idéologie, où l'humour peut être une vraie arme pour aborder justement ce type de sujet là.

Journaliste:
Pur Valérie, il y a eu un gros travail de maquillage...

Etienne Chatiliez:
Cela représentait 3h30 de maquillage par jour, avec les incertitudes sur les allergies... On a dû faire des tests pendant six mois.

Anthony Kavanagh:
Elle pourrait très bien être noire. Les gens oublient souvent qu'il existe tous les types de traits sur le continent africain.

Journaliste:
Le flamenco, vous étiez des adepte Anthony ? Ou cela a-t-il été un entraînement de longue haleine ?

Anthony Kavanagh:
Ca a été un entraînement de six mois, cinq jours par semaine. Et surtout un très bon montage d'Etienne. « Moi, même j'y croyait ».

Etienne Chatiliez:
C'est pas le montage qui fait tout le boulot.

Anthony Kavanagh:
T'as pris uniquement les bonnes prises...

Etienne Chatiliez:
Mais... c'est mon métier (rires) !

Journaliste:
Avez-vous pensé à une autre fin qu'un happy end ?

Etienne Chatiliez:
Non. C'était obligatoire, par respect pour le sujet. Même s'il y a des choses dites de manière brutale, on montre tout de même des choses positives. Il fallait terminer sur du positif, car sinon cela aurait été un constat trop difficile.

Journaliste:
Vous appréhendez les réactions du public ?

Etienne Chatiliez:
J'ai besoin de voir ces réactions. Je passe un mois dans les salles avant la sortie du film. Et bizarrement je me mets à adopter le point de vue de la salle, sur certains passages, en fonction des réactions. Je suis « très Ricka Zaraï » de ce point de vue là. Cela dépend des soirs... Hier soir, on a choisi de manger, puis de voir 45mn du film depuis le fond de la salle.

Anthony Kavanagh:
Normal qu'on ait mangé: on est Lyon...

Journaliste:
Est-ce qu'au final, vous ne pensez pas qu'il y a un aspect pédagogique dans ce film ?

Etienne Chatiliez:
Peut-être... mais ça n'est sûrement pas un film à montrer en classe, car la vie est à l'extérieur. C'est comme quand on montre « Entre les murs » à des élèves (soupir), c'est comme montrer à des prisonniers un film comme « Papillon ». En fait, loin de la pédagogie, l'insolence est devenue difficile dans la société d'aujourd'hui. Il y a un seul modèle, que personne n'attaque, car tout le monde a peur de demain. Vous avez certainement remarqué qu'au final, ni le 11 septembre, ni la crise n'ont rien changé. Aujourd'hui tout est commerce. Mais dans le fond, je fais confiance à l'intelligence de l'individu, mais pas aux regroupements et aux « chefs ».

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur

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