affiche film

© ARP Selection

SLEEPING BEAUTY


un film de Julia Leigh

avec : Emily Browning, Rachael Blake, Ewen Leslie, Peter Caroll…

Une étudiante enchaîne les petits boulots afin d’arrondir ses fins de mois et payer ses études. Appâtée par une annonce quelque peu mystérieuse et promettant une rémunération conséquente, la jeune beauté se voit proposer d’offrir ses nuits à des inconnus. Elle ne verra jamais leur visage, ne leur fera jamais la conversation et il n’y aura jamais de pénétration. Un cachet pour tomber dans les bras de Morphée et se réveiller, le lendemain, comme si de rien n’était…


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Photo film

Corps inertes pour vieillards lubriques


Physique de biche et innocence de façade, Lucy est une gamine difficile à cerner. Constamment à la recherche de petits boulots, elle finit par travailler pour une agence qui offre les nuits de jolies jeunes femmes à une troupe de richissimes vieillards. On penserait, aux premiers abords, que cette pauvre fille doit se prostituer pour financer ses études, mais une fois sa première paye encaissée, Lucy l’enfume au briquet. Avec les hommes, elle ne manque pas d’aplomb, allant de leur proposer une partie de jambes en l’air en guise de présentation jusqu’à les tirer à pile ou face. L’impression que cet héroïne insaisissable se prostitue de son plein gré se raffermit. Exempt de toutes attaches, cet objet de fantasme donne le sentiment de tenir tête au monde alors qu’en réalité, et comme l’annonce la première séquence, elle ne demeure qu’une souris de laboratoire. Et lorsque Lucy s’en rendra compte, le réveil sera forcément difficile…

Julia Leigh, romancière australienne transposant ici son univers littéraire, parvient à susciter un intérêt s’accroissant inexplicablement au fil des longues séquences de son premier long-métrage. Car « Sleeping Beauty » détient a priori toutes les caractéristiques du film ennuyeux. De longs et lents plans fixes, une parcimonie d’échanges verbaux, une atmosphère à la fois austère, malsaine et d’une froideur clinique abordant la sexualité fétichiste à la limite du morbide, il certain que le film peinera à trouver son public. Pourtant Julia Leigh injecte à son œuvre quelque chose d’effroyablement glaçant mais sans aucune effusion de sang et en restant toujours d’une extrême pudeur lorsqu’elle vient à filmer l’objet du scandale. La mort plane et les références au morbide sont omniprésentes. Le corps entièrement pâle et inerte de la magnifique Emily Browning, manipulé par de vieux corps usées et fripés renvoient plus à la nécrophilie qu’à un certain érotisme.

Malgré le dégoût et le malaise qu’il est normal de ressentir face à ces séquences dont le côté voyeur demeure très prononcé, « Sleeping Beauty » détient quelque chose de fascinant dans sa mise en scène à la fois lancinante, clinique et même chirurgicale. Car il est flagrant que Julia Leigh travaille à l’équilibre de ses plans, évoquant des toiles de natures mortes, épurant tout superflu. La romancière fait une entrée remarquée dans le monde du cinéma et laisse présager un potentiel tout à fait intéressant. À côté de cette atmosphère envoûtante entretenue par la réalisatrice, la belle aux bois dormant des temps modernes où tout peut s’acheter, suscite le plus grand des intérêts. Ses motivations sont difficilement explicables et ses contradictions la rendent tout à fait intrigante. Et lorsque le film se termine par un étrange et inexplicable plan final, le réveil pour le spectateur est lui aussi difficile. Après l’incompréhension, on se rend vite compte que ce « Sleeping beauty » a laissé, pendant cette séance, une empreinte indélébile dans notre esprit.

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